Nouvelle étape du voyage du bleu 2e partie : la brebis du Pic rouge de Pailla.  - Aquarelliste et peintre voyageur
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La-Barca-1b-Pierre-Nava.jpg

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La Barca 2a Pierre Nava

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Andalousie b Pierre Nava

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Bateau Pierre Isleta 3b

La Isleta del Moro

Huebro Pierre vignette

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Pierre-Nava-Guadix-4-copie-1

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 Christine

9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 12:17

      Nous sommes donc arrivés au refuge des Espuguettes, superbe balcon dominant la vallée face au Cirque de Gavarnie (voir ici la première partie de cette trilogie)...

 

Tout de suite après la pub : la vidéo !

      C’est maintenant que ma nouvelle série d’expériences de « créativité augmentée » doit commencer (voir de précédents articles déjà consacrés à ce sujet dans ce journal).

        La « créativité augmentée » ?

     Je résume : c’est un état de réceptivité particulière et de conscience modifiée (je dirai « élargie »), permettant de passer d’une perception « ordinaire » du monde à une perception « sublimée » (en tout cas différente par les perspectives qu’elle offre et les horizons qu’elle dévoile — rien à voir avec sa signification dans le romantisme —) où les notions de temps et d’espace sont modifiées (généralement dilatées) et où (dans le domaine pictural qui nous intéresse ici), tout paraît d’une évidence et d’une facilité telles, que le pouvoir de l’artiste en est décuplé, puisque, s’approchant au plus près de l’essence des êtres et des choses il peut en révéler des dimensions cachées, un peu comme s’il pouvait voir au-delà des apparences et du monde matériel, se mettant en quelque sorte en état de « voyance »...

      L’état modifié de conscience dans lequel je souhaite entrer pour mes expériences de créativité augmentée n’est donc qu’un moyen pour changer de plan de réalité.

      Il est un outil et pas un état spirituel supérieur (plus proche de la définition qu'aurait pu en donner l’anthropologue Fernand Schwarz, que d’une quelconque pratique de spiritualité).

      J’utilise pour y arriver différents moyens dont l’un des plus puissants est certainement « l’expérience optimale » (ou « état de flow » bien connu des sportifs, mais dont les conditions pour parvenir à son degré le plus élevé sont généralement difficiles à réunir, comme dans le cas de situations paroxystiques liées aux sports de l’extrême).

      Mais ici et en ce moment, je dois me préparer différemment (un peu comme on le ferait en Yoga Nidra, par une mise en phase de profonde relaxation, de respiration entière et lente), mais sans me couper de l’environnement (surtout si celui-ci est naturel et paisible comme le lieu où se trouve le refuge), en entrant en fusion avec cette haute montagne, son paysage (sensation d’unifier ce qui est à l’extérieur du corps à celui-ci en percevant les deux en même temps), au moins avec d'abord un exercice simple de dessin ou d’aquarelle (sans recherche particulière de résultat) pour lier le premier sujet de son regard à sa main (en s’imprégnant de la lumière qui le révèle), enfin, en se fixant sur son (ou ses) sujet (s) définitif (s), qu’il faut intensément contempler (de façon passive et fixe avant de « lui  laisser guider le pinceau »)...

      Immense sensation de liberté et d’ouverture au monde !

      Bien sûr, je résume là un processus plus élaboré, mais facilement reproductible, surtout avec un peu d’entraînement.

Nouvelle étape du voyage du bleu 2e partie : la brebis du Pic rouge de Pailla. 

      Premier exercice : un simple et très rapide croquis aquarellé à contre-jour considéré comme « échauffement ».

      Il doit faire la transition entre les efforts physiques de la montée au refuge et les séances picturales suivantes plus directes et intuitives, et permettre une première immersion picturale dans le paysage montagnard.

Nouvelle étape du voyage du bleu 2e partie : la brebis du Pic rouge de Pailla. 

      Le but de ce premier exercice est aussi de remettre en phase le regard et la précision de la main, en créant une sorte de « laisser-aller » rapide et spontané dans lequel l’expression se libère sans réflexion particulière, pour laisser le paysage contemplé se « calquer » presque automatiquement sur le papier.

Nouvelle étape du voyage du bleu 2e partie : la brebis du Pic rouge de Pailla. 

      Résultat peu convaincant en ce qui concerne la qualité du travail réalisé, qui révèle un manque de concentration évident, une connivence inaboutie avec le sujet, et une faiblesse globale d’expression.

      Preuve aussi d’une fatigue physique éprouvante dont les effets néfastes (non stimulants picturalement) n’ont pas été éliminés (à éviter donc avant d’avoir récupéré).

      Selon ma propre expérience, seule une activité physique fruit d’une énergie positive où les endorphines éliminent les douleurs générées par la fatigue est favorable à une entrée en état de créativité avancée, apte à produire un travail harmonieux et intense.

      Mais exercice indispensable en préparation mentale pour favoriser la transition entre les états de conscience « ordinaire » et modifiée.

Nouvelle étape du voyage du bleu 2e partie : la brebis du Pic rouge de Pailla. 

      Deux autres exercices seront nécessaires pour me « reconnecter » intérieurement à l’esprit multiple de la montagne qui m’entoure (dont celui permettant de percevoir le « sublime » qui est le moyen, pour Kant — et pas seulement pour lui —, de se confronter à l’examen de la démesure)...

Nouvelle étape du voyage du bleu 2e partie : la brebis du Pic rouge de Pailla. 

      C’est la beauté du Pic rouge de Pailla illuminé par le soleil du soir qui me permet enfin d’entrer dans un champ de conscience modifiée où la connivence avec le sujet est totale dans une sorte de méditation active.

      Le gigantisme des plissements géologiques, la chaude couleur des roches constituant ce sommet, l’atmosphère pastorale d’un incroyable romantisme, la prise de conscience de sa silencieuse immensité, contribuent immédiatement à créer d’autres rapports à l’espace – temps, ouvrant une parenthèse naturelle dans laquelle il est facile de se glisser pour entrer en créativité augmentée...

Nouvelle étape du voyage du bleu 2e partie : la brebis du Pic rouge de Pailla. 

      Le fait marquant qui m’a le plus frappé lors de mon exercice du Pic rouge de Pailla est l’étrange attitude d’une brebis m’ayant « observé » à plusieurs reprises, jusqu’à venir me flairer de très près.

      - Peut-être me prenait-elle pour un berger prêt à lui offrir une poignée de sel ?

      Mais sa présence répétée, son insistance à m’observer en me tournant autour à moyenne et courte distance, me font à présent penser à ces expériences où dans la cosmologie chamanique, lors des premiers voyages qu’effectue le chamane, il connecte ses Esprits alliés qui sont l’Essence invisible de la nature où les animaux jouent un rôle déterminant.

      J’avais lorsque je m’en suis aperçu l’impression d’entretenir malgré moi un échange mental, naturel, mystérieux et profond avec l’animal...

     Peu importe la véritable raison du comportement de la brebis du Pic rouge de Pailla : ce que j’ai alors ressenti de cette « étrange communication » est quelque chose de magique que je ne saurai définir, mais qui me paraissait tout à fait « normal », naturel et évident en état de créativité augmentée, me prouvant par là même que les champs élargis de conscience repoussent réellement nombre de frontières, et pas seulement en matière d’expression artistique ou de créativité !

     L’enseignement que j’en retire est que, comme lors du passage du phasme sur mon aquarelle pendant les expériences du Caroux (voir les dernières séquences de ma vidéo dans l'article « Aquarelle en créativité augmentée à la Tête de braque »), l’un des facteurs de réussite les plus importants pour réaliser un changement de conscience en expérience optimale « statique » (à la différence de l’état de « flow » produit d’une expérience optimale « dynamique » où entrent en jeu d’autres facteurs physico-chimiques et neuromédiateurs déterminants pour le conditionnement mental telles l’adrénaline, les endorphines, la sérotonine, les monoamines, etc.) est de se fondre dans la nature, s’harmoniser à elle, se laisser pénétrer par elle.

      Et que cette nature soit la plus « pure » et authentique possible !

Nouvelle étape du voyage du bleu 2e partie : la brebis du Pic rouge de Pailla. 

      Mon Pic rouge de Pailla (réalisé en restant fidèle à mon intention : en quelques minutes seulement à l’aquarelle sans dessin ni repentir) n’a pas pour but de s’affirmer en tant qu’«aquarelle réussie» (d’ailleurs qu’est-ce qu’une aquarelle réussie ?), mais de prouver (au moins de le vérifier une fois de plus pour moi-même) combien l’expression est facile en état de créativité augmentée (même si elle n’atteint pas ici le niveau 4 des états de flow).

      Elle doit surtout exprimer un « contenu » sans se laisser séduire par le « contenant », c’est à dire l’aspect visuellement séduisant et superficiel du produit pictural.

      J’ouvre une parenthèse pour dire qu’en aucun cas je ne voudrais que l’égocentrisme ne prenne le pas sur la créativité, et que si je me mets en scène à travers ma démarche j’essaie de le faire sans que ce soit en me soumettant aux pulsions infantiles d’un ego aveuglant et réducteur, mais bien parce que celle-ci (ma démarche) doit être considérée dans son entièreté, afin aussi de partager mon expérience personnelle comme si j’en étais mon propre spectateur, tout en restant fidèle au sens que le veux lui donner.

       L’objectif avec ce motif était de traduire le plus rapidement possible et de façon très synthétique la masse géologique complexe de ce sommet, avec ses plissements, couloirs, parois, fissures et dièdres en les simplifiant au maximum, mais en conservant leurs lignes de force, sans trahir pour autant toute la lumière et la force se dégageant du paysage.

       Sachant que pour Jean-François Lyotard, « Tout art est re-présentatif […] : dans ce sens qu’il est renversant, qu’il renverse les rapports de l’inconscient et du préconscient, qu’il procède à des insertions du second dans le cadre du premier. » (Discours, figure, Paris, Klincksieck, 1971, p. 383), mes questionnements conservent tout leur sens puisque ces quelques exercices carnettistes (assez « basiques » somme toute), doivent prendre une nouvelle dimension dans le projet d’un travail qui symbolisera au retour la synthèse de l’ensemble de ces expériences réalisées lors du vol du Piméné, en se cristallisant autour de la quête du bleu du Cirque de Gavarnie.

      Là, on passe à une nouvelle « dimension » de la démarche picturale, car il ne s’agit pas de « re-produire » (en plus grand et en « mieux ») ce qu’on a vu, ce qu’on a rencontré, ce qui a été réalisé en « créativité augmentée » sur le terrain, mais bien de tenter de révéler autre chose : plus que l’intériorité (ou l’âme sensible) des êtres, des choses et des lieux qui nous ont touchés lors de ces expériences, mais aussi d’exprimer dans son ensemble ce que l’empreinte de ces expériences nous laisse dans notre propre intériorité, c'est à dire une sorte d’absolu auquel on chercherait à donner un visage...

      Ici, le but de l’entreprise est (avec respect et modestie) de dire le pouvoir de l’homme, celui qui peut s’élancer dans l’espace pour saisir l’immensité, imaginer, penser, mais aussi de sentir sa propre petitesse, et cependant être la mesure du démesuré à travers l’auto-transcendance de l’œuvre, désigner le sublime qui pourrait être le pouvoir absolu de l’œuvre, mais qui lui échappe souvent en finalité, tout en lui conservant son pouvoir magique.

      ... Il faut croire qu’il n’est vraiment pas encore atteint ce but au moment où je vais rejoindre dans le refuge mes camarades pour un casse-croûte d’amitié et une bonne nuit de repos, car un épais brouillard s’est abattu sur la montagne où un vent perfide et glacial s’est levé !

      - Que sera demain notre montée au Piméné, et plus encore l’hypothétique décollage de son sommet ?

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commentaires

Guenin Nicole 12/12/2015 13:59

Oh là là, Alain, qu'est-ce que tu nous fais là? Tu nous fais sortir de nous-mêmes et de quelle façon! Sans espérer te suivre jusqu'au bout et aussi intensément, j'ai quand même pu réaliser que je pouvais atteindre un peu d'essentiel et aller au-delà des apparences.
Ta brebis m'a rappelé ce que j'ai ressenti à cheval, seule, en forêt: tous les bruissements me sont devenus totalement perceptibles, et plusieurs chevreuils rencontrés en chemin se sont arrêtés et je suis passée sans qu'ils s'enfuient. J'étais chez moi en intense communication avec ce fascinant monde animal et forestier (pourquoi les arbres aussi ne nous observeraient-ils pas quand nous passons près d'eux? Jjétais aussi chez eux, mais chaleureusement accueillie et nous partagions le même merveilleux domaine
Ensuite comme je le fais souvent je suis retournée à pied dans la forêt et là j'ai compris que j'étais une étrangère, je n'entendais plus aucun bruit et je ne voyais aucun chevreuil! Il me fallait trouver un moyen de me faire à nouveau adopter par les animaux et la forêt! Je n'étais pas du tout dans le même "état de conscience". Dans la forêt, à pied, nous sommes des étrangers!
Etait-ce une sorte de conscience augmentée? peut-être, mais seulement au tout début et je ne sais pas si je pourrai aller plus loin!
Ta recherche est passionnante et j'ai hâte de la suivre à nouveau.
Et pour terminer sur une note légère, j'étais contente d'arriver au refuge des Espuguettes, mon sac commençait à être lourd!
Merci Alain pour ce partage de tes intimes émotions et continue à nous aider à nous sublimer.
Quant à ton aquarelle du Pic de Pailha,, je me permettrai de l'appeler "la montagne qui parle"
Bises. Nicole

Alain-Marc 13/12/2015 22:55

Merci Nicole pour ton sympathique et très intéressant message,
Effectivement, tu as dû dans ta randonnée à cheval vivre un moment équivalent à une "expérience optimale" lors de ta traversée de la forêt !
Cela ne fait aucun doute pour moi. Je crois que ce genre de situation peut même se produire par hasard quand certaines conditions sont réunies. Mais lesquelles exactement ?
Le rendre reproductible est semble-t-il très difficile, et c'est ce que je recherche dans mes "expériences" créatives. Ce qui est sûr, c'est que développer certaines facultés de concentration permet d'y arriver plus facilement, auquel cas l'efficacité en expression picturale en est grandement facilitée, parce que tout paraît simple, facile, évident, et qu'on n'a presque même pas besoin de "penser" pour obtenir un résultat.
à bientôt pour la suite,

Laumonier Aline 10/12/2015 15:17

Oui Alain cela vaut la peine de prendre tout ton matériel et de prendre le temps de formaliser ton expérience pour nous la faire partager. C'est justement parce que nous vivons dans un monde superficiel de consommation exagérée que nous avons besoin de valeurs, de profondeur, de beauté, d'harmonie, et que nous cherchons à être guidés vers davantage de transcendance. Merci de continuer à nous faire connaître tes expériences de créativité augmentée. Aline

Alain-Marc 10/12/2015 17:45

Merci Aline, être suivi et compris est aussi important pour les choses simples que plus compliquées quand ce sont des valeurs utiles et positives qu'on peut partager !
Heureusement tout de même que ce n'est pas ce type même d'approche que je transmets dans mes stages car se serait tout simplement impossible à suivre pour bien des stagiaires, mais si au moins ce que j'en retire d'expérience et d'enseignement personnel apporte plus de connaissances, d'efficacité et d'expérience à ce que nous abordons de façon bien plus simple, assimilable et applicable en stage aquarelle ou carnet de voyage, alors oui, je me dis que cela vaut la peine d'être vécu déjà pour cette raison-là !

Breuil 10/12/2015 02:14

Que te dire Alain, sinon que ta démarche exigeante donne à réfléchir sur ce que peut être la motivation de chacun à peindre. Quelle ressource peut on trouver pour exprimer ce que l'on ressent profondément indépendamment de ses compétences techniques..c'est une belle leçon de dépassement de soi. Merci. Bises

Alain-Marc 10/12/2015 12:24

Merci Dany,
Déjà, partager simplement cette expérience sur mon blog est une sorte de gageure !
Je me pose toujours des questions avant même de réaliser une de mes "expériences", du genre :
- Cela vaut-il la peine que je le partage ?
- Tous les efforts déployés pour finaliser ma démarche picturale en conditions optimales méritent-ils qu'en plus, je me charge de matériel compliqué et m'entoure de moyens adéquats pour le partager, sachant que dans ce monde plutôt superficiel où il faut tout consommer très vite et le moins fatigant possible avant de passer à autre chose sans approfondir, rares seront ceux qui me liront seulement jusqu'à la fin d'un premier paragraphe d'article ?
Mais je le fais pour ceux-là, pour toi qui en fais partie, pour toutes celles et ceux qui s'interrogent et cherchent à donner un sens à leur vie autrement qu'à travers les apparences, à s'enrichir intérieurement sur les chemins de la beauté, puisque les portes d'épanouissement qui s'ouvrent à moi par cette quête me donnent tellement de possibilités de création, d'échange, de vie à partager !