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  • : En peinture, l'art de l'aquarelle est un mode d'expression qui va des carnets de voyages à la création de tableaux : en voici les différentes facettes inspiratrices, techniques et créatives selon Alain MARC ...
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Férias, encierros, et la bâche tauromachique de J-P. DUCHEZ à Nîmes .

Nous entrons avec ce nouvel article dans l’ambiance festive, exubérante et impétueuse qui, dès la fin de la semaine sainte jusqu’aux dernières brûlures du soleil d’automne embrase ville après ville toute la péninsule ibérique et la majeure partie des terroirs méridionaux de l’Hexagone …

Convivialité et sévillanes à la peña Diego Puerta à la féria de Nîmes 2008, un sympathique coup d’œil de « Féria TV », qui prouve combien l’esprit de la fête en famille et entre amis, même ici loin de Séville n’est jamais éloigné de celui du « cante » et que le bonheur de partager quelques mouvements de danse c’est déjà «être flamenco », être dans cette forme de pensée qualifiée par un style, une manière, une attitude où grâce et défi se mélangent, jusqu’à modifier tout son être ce qui fait qu’on devient « flamenco » tout naturellement .

C’est un peu de cette fièvre que j’aimerais vous faire partager aujourd’hui, même si je l’aborde de façon partielle, sans évoquer d’autres dimensions liées aux fêtes religieuses et autres « romérias » qui marquent dans la joie au printemps et en été, la communion de nombreuses collectivités urbaines et rurales avec la nature (je reviendrai plus tard sur ce sujet) …

Pour en percevoir l’émotion bien que d’origine très différente mais cependant toujours aussi présente car relevant de l’instant, il faut aller en puiser certaines racines subtiles au cœur de l’Andalousie, qui vous feront frissonner si au petit matin d’un beau jour de printemps vous vous surprenez à entendre vos pas résonner étrangement dans l’une des ruelles de la Juderia à Cordoue ou sur les pavés inclinés d’une « cuesta » de l’Albacin à Grenade .

Je m’explique, car vous pensez qu’il n’y a aucune relation comme cela à première vue, entre deux éléments en apparence aussi éloignés les un des autres : bien avant que les premiers touristes ne sillonnent la ville, avec pour tout environnement sonore que le chant des oiseaux, le bruissement des fontaines, les carillons aigrelets provenant de quelque édifice religieux, et puis les effluves parfumées provenant d’invisibles jardins, les premiers rayons de soleil sur les façades immaculées rendront à votre regard cette acuité visuelle que vous pensiez perdue car tout vous paraîtra d’une incroyable netteté, d’une extraordinaire luminosité, d’une réelle beauté .

Vous aurez alors l’impression de toucher à la magie de la vie en voyant bien au-delà de ce que l’habituelle perception du monde vous apporte : vous serez plus proche de l’âme des lieux et de leur mémoire invisible, du « compas » de la ville, du chant profond et de l’âme flamenca, des presciences essentielles qui laissent loin, très loin derrière, les fausses valeurs et les inutiles futilités qui agitent l’être et le paraître dans la société, avec de surcroît une réceptivité qui vous rendra sensible à une dimension de l’existence que vous n’aviez jusqu’à présent que vaguement imaginée !

Pour aller au cœur du flamenco, inséparable mouvement de l’expression authentique et profonde du tempérament andalou (qui n’a rien à voir avec le folklore) et qui vous saisit de sa déchirante intensité, j’ai choisi cette bouleversante prestation d’Israel GALVÁN, figure majeure de la danse contemporaine flamenca, incontestable maître du « baile jondo », une manière pour nous d’approcher le « duende » d’une autre façon : à regarder plein écran !

« Le baile jondo se fonde sur la profondeur (jondura), l’art de l’arrêt (rematar) et du templar, cette prodigieuse faculté de tempérer, d’adoucir, d’accorder rythmes et mouvements contradictoires les uns aux autres. Une précipitation sans hâte, une virtuosité statique qui se nourrit des paradoxes, des luttes qui peuplent la solitude de l’artiste . Éblouissant d’inventivité, Israel GALVÁN a su bouleverser les canons du flamenco en explorant les confins d’un dynamisme immobile, d’une immobilité virtuose semblable à la mouvance infime de l’oiseau suspendant son vol au-dessus de sa proie. Dans Arenas, l’une des ses dernières créations, il figure ce torero solitaire qui, isolé au cœur de l’arène, se multiplie en profils, en gestes et en mouvements, déploie les forces plurielles d’un seul corps dansant ses solitudes . » (« Le Danseur des solitudes » Georges Didi-Huberman, Les Éditions de Minuit) .

On devine ici combien les liens secrets et mystérieux qui relient le corps et la pensée traduisant dignité et grotesque de la peur, impliquent le dépassement des contradictions apparentes qu’ont pu revêtir la danse flamenca et la tauromachie ...


« Flamencas : el baile » (Notes de tablao Alain MARC, aquarelle directe 2004)

Après avoir pris conscience du sentiment d’un tel fil conducteur, si multiple et unique à la fois, si ténu et pourtant si perceptible qu’une fois reconnu vous ne le perdrez plus, vous pourrez approcher sans jugement hâtif l’esprit de la féria et la conscience fluctuante mais toujours passionnée qui exulte jusqu’à l’extravagance dans l’élan de la foule, lorsque l’individu devenu multitude n’est plus que l’expression d’une mémoire collective enfouie au plus profond de nous et qu’on croyait endormie depuis la nuit des temps .

C’est que, derrière la barrière du folklore que beaucoup ne franchiront jamais ne comprenant rien à cette faculté de tout un peuple à la bouillante sensualité de savoir transformer ses rires et ses larmes en un principe vital sublimant les sarcastiques fatalités de l’existence, se cache son incomparable aptitude à vivre furieusement sa quête absolue d’amour dans une fuite effrénée au devant de la mort plutôt que d’attendre qu’elle vienne le cueillir !

Nulles phrases autres que celles de Michel DEL CASTILLO dans « Andalousie » ne résument mieux ce paradoxe :

« … Il finit même par éprouver à ce jeu terrible, un plaisir intense . Se mourir voluptueusement, s’enrouler dans la mort pour mieux éprouver le souffle de la vie, vivre la mort et mourir la vie : tous les extrêmes se rejoignent parce qu’ils sont dans la réalité inséparables . »

Qui n’a senti dans ses veines brûler un jour cette fièvre mystérieuse mêlant intense joie de vivre et sentiment confus d’invisibles puissances relativisant notre toute puissance, ne pourra jamais entrer en résonance avec l’esprit de ce vertige qui fait courir les foules au devant du taureau

Sans doute en est-il ainsi de la plupart des fêtes, mais ce qui différencie la féria des autres manifestations populaires autour du bassin méditerranéen, c’est bien certainement sa relation intense et dramatique à l’entité puissante et génésique symbolisée par le taureau porteur d’autant d’allégories que de pratiques millénaires . Car la corrida n’est que le produit de la plus récente péripétie du rapport liant l’homme et le fauve à l’encornure redoutable .

Peinture 1,5 x 2 m de Jean-Paul DUCHEZ sur un thème tauromachique imposé par la féria de Nîmes « Féri’art 2008 » : une bâche à accrocher dans les rues de la ville avec une multitude d’autres pendant la féria .

Quand l’une ou l’un d’entre-vous me fait part d’une réussite s’inscrivant dans une démarche créative j’en fais l’écho avec d’autant plus de plaisir que nous avons eu l’occasion de nous connaître et de nous apprécier lors d’un stage d’aquarelle, de peinture ou carnet de voyage . Ici Jean-Paul termine second sur 93 participants dont de nombreux professionnels !

La bâche à son aérien emplacement pendant la féria : on retrouve dans le vertigineux mouvement du torero sur fond de « faéna » et de marques d’élevage une spirale sans fin évoquant aussi bien les cornes acérées du taureau, que le « ruedo » des arènes entouré des cercles concentriques des gradins suggérant la foule …

Bravo Jean-Paul, félicitations tu as très bien mérité ton magnifique prix, les compliments ça fait du bien au moral, et les 1000 Euros c’est mieux pour racheter quelques fournitures de plus !  … De toute façon je suis « fier de toi », car des prix tu en gagnes pas mal ces temps-ci, ce qui prouve largement l’intérêt de ce que tu fais !

La corrida : « pure et dure », telle que nous la percevons habituellement, elle n’est pourtant que l’une des expressions des manifestations se déroulant pendant les férias des deux côtés des Pyrénées, même si elle en constitue l’un des principaux éléments .

Il y a aussi les courses landaises et camarguaises où l’adresse de l’homme est confrontée à la force et à la vivacité de l’animal, les abrivados (où le rôle du cheval sous la conduite du gardian est inséparable de celui du taureau), les « charlotades » (représentations comico-taurines à l’intéressante origine dont je vous reparlerai peu-être un jour), tout un tas de spectacles taurins qui se terminent bien pour l’animal sauvage …

Nous avons dans nos souvenirs de peintres voyageurs des séances d’aquarelle mémorables, ou à l’occasion de nos stages en bateau sur les étangs et canaux de Camargue nous participions aux fêtes locales, nous retrouvant souvent sur les gradins des arènes à dessiner et peindre de longues heures durant ces jeux où l’homme et l’animal paraissent presque complices, tant y est ici différente l’atmosphère par rapport à la corrida traditionnelle . Exercices édifiants et incontournables si vous passez par la Camargue, lorsque vous aurez dessiné taureaux et « rasetaires » pendant quelques séances, vous vous sentirez capables d’affronter n’importe quel autre sujet complexe et vivant !

Et puis il y a les « encierros », (actions consistant littéralement à enfermer les taureaux, que ce soit à l’intérieur de la ganaderia elle-même - l’élevage - ou dans les « corrales » d’une arène), mais dont certaines traditions lient l’encierro à la fête patronale de la cité ce qui en fait bien plus qu’une simple attraction de féria traditionnelle .

Parmi ceux-ci, l’encierro des Fêtes de San Fermín de Pampelune au Pays Basque est l’un des plus célèbres au monde, des plus spectaculaires et des plus dangereux .

Ces fêtes auront lieues très prochainement puisqu’elles se dérouleront dès le 6 juillet courant à partir de midi, je vous conseille de ne pas les rater si vous pouvez capter TVE (la 1ère chaîne de télévision espagnole) par satellite . C’est à ce moment-là que la foule innombrable (des milliers de personnes habillées de blanc et béret rouge, ces fêtes venant au 3ème rang des plus importantes fêtes mondiales juste derrière la fête de la bière à Munich et le carnaval de Rio), s’agglutine devant l’Hôtel de Ville en attendant le Txupinazo, cérémonie d’ouverture des fêtes, pour nouer leur foulard également rouge et entrer dans l’évènement .


Cliquez sur l'image : je vous laisse découvrir dans ce vertigineux survol à 360° ce qu’est le Txupinazo comme si vous y étiez, à voir la foule s’agiter depuis un balcon à proximité de l’hôtel de ville … Pour vous pencher au balcon, faites tourner l’image avec le pointeur de la souris, vous pouvez aussi zoomer pour voir les gens d'en face, il ne vous manque plus qu’à imaginer les rumeurs, chants et musiques montant de la place et des rues alentour ! Cet intéressant document nous est fourni par les hôtels de Pampelune un site à visiter et à revisiter qui vous offre des tas d’autres panoramas réalisés au moment même de l’encierro . 

Quant à l’encierro lui-même voici ce que c’est avec ce reportage de la télévision espagnole qui suit la course des taureaux traversant la ville accompagnés de milliers de « mozos », téméraires garçons venus courir au devant des bêtes et les défier juste armés d’un petit rouleau de journal, illustrant parfaitement ce mélange de profane et de sacré, qui, des « corrales del Gas » et des exhortations à San Fermín jusqu’au sable des arènes de Pampelune quelques 848 m et quelques minutes plus tard donne tout son sens aux phrases de Michel DEL CASTILLO, comme à celles avant lui d’Ernest Hemingway et de tant d’autres …

Fasciné par la puissance, la bravoure et la beauté plastique de l’animal sauvage au port altier, j’ai dessiné ce « toro bravo » sur le collage d’un article polémique de Jean BASTAIRE, dans mon grand carnet d’Andalousie (Carnets de voyages en Andalousie Alain MARC)


Quant au Minotaure, je l’ai souvent évoqué dans mes toiles, comme dans celle-ci réalisée en technique mixte et sable d’Andalousie .

Revenant vers la vie, ne sachant plus moi-même si je suis taureau en attente de l’arène ou garçon à courir au devant de la mort plutôt que d’attendre qu’elle vienne me cueillir, maintenant plus que jamais avec une nouvelle rage de vivre je comprends le souffle des férias et l’esprit des mots de Lorca quand il écrivait : « Et je ne veux pas de larmes . La mort il faut la regarder en face », et d’essayer, par-delà la souffrance à tenter de fixer l’instant le plus précaire entre existence et anéantissement, pour que ni l’Amour ni la Vie ne soient autre chose qu’éblouissement … (« Minotaure », peinture sur toile 173 x 143 cm, Alain MARC 2001)

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