Aquarelliste et peintre voyageur
De la musique du désert au chant des dunes …
Il n’y avait qu’un pas, et je le franchis grâce à Adil, notre fidèle ami correspondant avec nous depuis le Pays du Soleil couchant (quelle chance a-t-il de vivre si près du désert), qui sans le savoir dans son commentaire de l’article précédent, a entrouvert les portes de billets en préparation qui soulèvent des questionnements artistiques touchant à l’existentiel, dont je vous réserve quelques articles pour l’avenir, et parce que c’est la fête de la musique, je vous invite à écouter le chant des dunes …
« La dune bleue » . (Aquarelle Alain MARC)Cliquez sur l’aquarelle pour entendre « chanter la dune » . Alors, qu’en pensez-vous ? Vous savez combien le rapport de notre conscience au réel à travers l’art, la poésie, la musique et les questionnements qu’ils soulèvent m’importe .
Il faut dire que les mystères qui entourent l’existence elle-même sont si nombreux et complexes, qu’en artiste attentif je suis autant à l’écoute du monde à travers ce que la science nous en apporte d’éclairage, qu’à l’écoute de mes propres perceptions et intuitions surtout lorsqu‘elles viennent du fond de mon intériorité …
Alors, pour en revenir aux dunes, je vous invite d’abord à cliquer sur les liens ci-dessous, qui comme je le disais à Adil, vous permettront d’aller à la réalité physique du chant des dunes, et pour celles et ceux qui ne savent pas ce que c’est de les « entendre chanter » comme vous en avez entendu une en cliquant sur mon aquarelle :
1) - Superbes enregistrements de différentes dunes du monde (il vous faut le lecteur Quick Time),
2) - La physique des dunes et du sable,
3) - Intéressant site universitaire .
Mais une fois dévoilé le mystère acoustique dans toute sa compréhension scientifique, que reste-t-il, que reste-t-il face à cette extraordinaire sonorité qui nous envahit et nous élève comme la prière des mélopées de moines tibétains ?
Il nous reste le magnétisme, l’éblouissement, l’hypnotique plongée dans un univers de pure beauté sonore qui nous emporte bien au-delà de ce que nous explique la science, de la cause à l’effet . Elle nous projette dans un autre dialogue entre nos plus obscures profondeurs et ce que nous dit la dune . Avec cette étrange impression de ne savoir déchiffrer quel message nous transmet la voix des sables, sur quels rivages elle veut nous emmener …
Face à ce trouble, à cet appel mystérieux, et en pensant au cours du fleuve Drâa qui disparaît dans les sables du désert pour ne réapparaître à son embouchure qu’à des centaines de kilomètres je vous laisse découvrir ce merveilleux conte perse « La voix des sables » extrait du très beau livre d’Henri Gougaud « L’arbre d’amour et de sagesse » :
"Il était une fois un vieux fleuve perdu dans les sables du désert. Il était descendu d’une haute montagne qui se confondait maintenant avec le bleu du ciel. Il se souvenait avoir traversé des forêts, des plaines, des villes, vivace, bondissant, puis large, fier et noble. Quel mauvais sort l’avait conduit à s’enliser parmi ces dunes basses où n’était plus aucun chemin ? Où aller désormais, et comment franchir ces espaces brûlés qui semblaient infinis ? Il l’ignorait et se désespérait.
Or, comme il perdait courage à s’efforcer en vain, lui vint des sables une voix qui lui dit :
- Le vent traverse le désert. Le fleuve peut en faire autant. Il répondit qu’il ne savait voler, comme faisait le vent.
- Fait donc confiance aux brises, aux grands souffles qui vont, dit encore la voix. Laisse-toi absorber et emporter au loin.
Faire confiance à l’air hasardeux, impalpable ? Il ne pouvait accepter cela. Il répondit qu’il était un terrien, qu’il avait toujours poussé ses cascades, ses vagues, ses courants dans le monde solide, que c’était là sa vie, et qu’il lui était inconcevable de ne plus suivre sa route vers des horizons sans cesse renouvelés. Alors la voix lui dit (ce n’était qu’un murmure) :
- La vie est faite de métamorphoses. Le vent t ‘emportera au-delà du désert, il te laissera retomber en pluie, et tu redeviendras rivière.
Il eut peur tout à coup. Il cria :
- Mais moi je veux rester le fleuve que je suis !
- Tu ne peux, dit la voix des sables. Et si tu parles ainsi, c’est que tu ignores ta véritable nature. Le fleuve que tu es n’est qu’un corps passager. Sache que ton être impérissable fut déjà maintes fois emporté par le vent, vécut dans les nuages et retrouvera la Terre pour à nouveau courir, ruisseler, gambader.
Le fleuve resta silencieux. Et comme il se taisait un souvenir lui vint, semblable à un parfum à peine perceptible. « Ce n’est peut-être rien qu’un rêve », pensa-t-il. Son cœur lui dit : « Et si ce rêve était ton seul chemin de vie, désormais ? »
Le fleuve se fit brume à la tombée du jour. Craintif, il accueillit le vent, qui l’emporta. Et soudain familier du ciel où planaient des oiseaux il se laissa mener jusqu’au sommet d’un mont. Loin au-dessous de lui les sables murmuraient :
- Il va pleuvoir là-bas où pousse l’herbe tendre. Un nouveau ruisseau va naître. Nous savons cela. Nous savons tout des mille visages de la vie, nous qui sommes partout semblables.
La voix sans cesse parle. Comme la mémoire du monde, le conte des sables est infini. "
Enfin, pour vous emmener dans un autre voyage de l’imaginaire et du merveilleux né de la rencontre des hommes et du désert, je vous laisse cliquer sur le curseur de lecture situé sous la dernière aquarelle ci-dessous, un petit bijou du site d’Arte Radio .
« Chanson du fleuve de
sable » (Aquarelle Alain MARC)Cliquez sur le curseur traingulaire de lecture ci-dessus, et régalez-vous de cette histoire magnifique !
Parle-nous d'Ibn Tifaïl !!! ...on attend avec impatience !
Alain MARC
je ferai sans doute une note à tous mes correspondants pour signaler que le blog est à nouveau consultable, car à cause d'une maintenance hier au soir et ce matin nombreux (ses) sont celles et ceux qui n'ont pu voir les derniers articles ...
Grosses bises,
Alain MARC
Bien à toi.
Il est vrai que le chant des dunes touche certainement au fond de nous une mémoire première qui nous relie aux mystères les plus vertigineux des fondements du monde et de la vie ... Cela me paraît, c'est vrai, un peu effrayant car dépassant le cadre bien rassurant de notre intelligence et des concepts qui sont nos références, mais dès qu'on regarde au delà de nos horizons (je pense par exemple au vertige auquel on ne peut échapper quand on regarde dans un télescope - ou mieux quand on entre dans les clichés des objets, formations cosmiques, nébuleuses, et autre corps sidéraux prix de l'espace même par les télescopes géants - ), la prise de conscience de notre petitesse par rapport à l'incroyable beauté de ce que nous ne connaissons pas et qui nous aide à entrer dans une nouvelle conscience de la vie ne peut que nous combler, voir nous transporter de joie, c'est comme si on "renaissait" une nouvelle fois ... Le "chant des dunes" fait partie de cette prise de conscience .
Grosses bises Plumette, à bientôt,
Alain MARC
Je crois que la perception que nous avons du monde passe par un grand nombre de critères où la place de notre petite enfance et de nos acquis de jeunesse est primordiale ...
Amitiés,
Alain MARC
OK,puisque j'ai promis je vais essayer de conter la légende de "Hay bnou Yakdane" en commentant et en résumant au maximum.
Ibn Tofail (né à Ach près de Grenade et entérré à Marrakech) avait pris un nourisson nommé Hay bnou Yakdane(littéralement "le vivant qui ne ferme pas l'oeil") et il l'a carrément abandonné dans une île deserte au petits soins d'une gazelle qui va l'allaiter et le protéger.Par la suite,il va le suivre le long du fleuve de sa vie en emmettant des reflexions existentielles à chaque étape de l'âge de l'être humain en solitude totale et en rapport avec les éléments de la nature.(questions vieilles comme le monde mais toujours d'actualité).
Dans son récit,Ibn Tofail a structuré sa narration autour de l'indvidualité dans l'exploitation de l' idées,l'importance de la créativité dans la construction artistique et l'efficacité dans la suggestion(fonction pédagogique).Ibn Tofaïl avait résumé l'expérience de la connaissance de l'humanité(représenté par Hay bnou Yakdane) dans sa capacité intuitive et créative de s'élever de la connaissance basée sur les sens et l'expérience vers une connaissance basé sur l'idéation ,l'analyse intellectuelle et la déduction méthodologique.Se faisant,il avait inauguré le long processus de rupture entre la pensée philosophique du Machrek(Al Kindi,Al Farabi,Al Ghazali et à un degré beaucoup moindre Avicène) et la pensée philosophique du Maghreb y compris l'Andalouss(Ibn,Tofaïl,Avéroès et Ibn Hazm dans une certaine mesure).
Tu peux me dire que tout ça est ancien et que pour Jean Guitton,Grichka Bogdanov et Bergson le conflit du croyant et du savan est complètement dépassé.Mais je te répondrais simplement que je n'en suis pas si sûre.
En attendant que les choses s'éclaircissent je vais écouter le chant soufi et angoissant du "laser accoustique du desert" (juste un clin d'oeil à Claire Felloni :))
Bonsoir à tous
Cher Adil, un grand merci pour tes connaissances et ton point de vue, qui nous sont précieux et fort utiles !
Je ne saurai trop t'en remercier, car ton commentaire s'inscrit dans une démarche qui ne peut tous que nous enrichir et nous élever dans de passionnants débats, constructifs et accomplissants .
Je relève une chose qui me frappe par rapport à Ibn Tofail, c'est : né près de Grenade, mort à Marrakech !
Il y a pour moi une continuité (dans les deux sens) qui relie avec une incroyable force symbolique le Maghreb et l'Andalousie et particulièrement le Maroc dans les pays nord-méditérranéens . Je rêve d'animer un jour un stage qui commencerait à Cordoue et qui se terminerait à Marrakech (après être passé par Grenade), ou le contraire (je n'ai pas encore pesé tout l'intérêt de chaque cas de figure) ...
Quant au débat (pour ne pas dire le conflit) entre le croyant et le savant, je voulais dire que si les deux arrivent à dialoguer un jour, alors le savant aura certes encore plus envie de chercher et le croyant de croire, mais le terrain commun de l'échange philosophique leur permettra de dépasser de conflit pour entrer dans une autre dimension d'humanité où chacun participera mieux à la construction d'un monde de paix basé sur la tolérance, le dialogue, et le partage de la connaissance et des richesses de la pensée ...
Bien sur je suis d'accord avec toi pour constater que nous n'en sommes pas encore tout à fait là (enfin pas partout, loin s'en faut !) ...
Bonne journée Adil, avec mes plus cordiales pensées,
Alain MARC
Ton commentaire précédent a eu sur moi l'effet d'une baguette magique qui m'a transformé en un martinet (comme dans un conte).Je n'ai pas hésité à profiter de cette instant éphémère pour battre mes ailes dans les airs pour décrire dans le ciel un huit géant qui s'est étalé sur des centaines de kilomètres.Je suis parti de Merzouga en piquant diagonalement jusqu'à Courdoue puis j'ai fait une petite boucle en passant par Grenade ensuite une autre plus grande qui a survolé Marrakech et Ouarzazate.Une fois eveillé j'ai consulté google pour interpréter ce songe et j'ai obtenu le résultat suivant:
Le Festivale des musiques du desert se déroule chaque année à Merzouga et Rissani durant la troisième semaine de Mai.
Le festivale internationale de la guitare se déroule à Courdoue durant la première et la deuxième semaine de Juillet.
Le festivale de musique et de danse se déroule à Grenade durant la dernière semaine de juin
Le festivale des musiques classiques se déroule à Marrakech durant la première semaine de Mars.
Aux premières lueures de l'aube,Chehrazade s'est tu brusquement :))
PS:Une petite question Alain-Marc:Chaque anné le festivale internationale de sculpture sur sable se déroule dans un pays différent.Le dernier en date(2007) s'est déroulé au portuguale(à Algarve) sous le thème "les merveilles du monde".Je ne sais pas si c'est toi (ou quelqu'un d'autre) qui pourrait me dire comment inscrire son pays à cette grande manifestation et quelles sont les conditions exigées?? Merci d'avance.
Quant au festival de sculptures sur sable, je pense qu'il faudrait faire une recherche sur le web, ce serait effectivement magnifique de voir ton splendide pays y participer, j'en serais le premier des supporters !
Avec toutes mes amitiés et à +,
Alain MARC
Nous pouvons aussi, avec notre propre corps, faire chanter les dunes de sable, en se laissant glisser le long de ces dunes...j'en ai fait l'expérience....
Amitiés
Maryse
Je pense que tu as du aller sur le premier lien que je donne dans l'article où on voit des participants "faire chanter la dune" comme tu dis ? ... ça doit être très marrant, on essayera la prochaine fois avec mon groupe : à 10 ou 15 ça doit être encore plus impressionnant !
grosses bises et à +,
Alain MARC
Je reviens de trois jours à l'île de Ré et j'imagine combien tu ferais merveille avec tes pinceaux dans ce cadre fleuri.
...Peut-être un jour futur ?
Grosses bises et à +,
Alain MARC
Amtiés
A+ Maryse
Encore merci,
Alain MARC
P.S. : Je viens de voir, et oui, cela correspond effectivement à ce que je souhaite organiser depuis presque 40 ans, où j'avais déjà élaboré personnellement (et initié sur place) une grande partie du circuit .
Mon "projet à moi" est différents dans de nombreux domaines, en particulier l'itinéraire plus orienté sur la pensée méditérranéenne médiévale liée aux heures de gloire du Califat de Cordoue et de ses pensers, artistes et philosophes et des coins clés inconnus du tourisme "classique" mais essentiels dans la compréhension de cette époque et de son influence sur les principaux caractères de la culture actuelle des deux côtés du détroit de Gibraltar ...
Ceci dit pour du tourisme "classique" leur circuit est très bien et très riche, je me demande comment ils doivent arriver à tout voir, comprendre et parcourir en si peu de temps !
Quand les grains de sable battent en pahase (sans savoir d'où provient ce silencieux appel à la synchronisation!!),le desert dans sa splendeur se met à chanter.Je ne vais pas m'empêcher de dire que ton blog est une dune où nous autres,grains que nous sommes,nous nous animionsavec beaucoup de plaisire et que c'est à toi que revient l'honneur de chanter la symphonie des ergs.
Tes propos me rappelle la nouvelle de "Hay bnou Yakdane".En fait il s'agit d' une lettre philosophique ecrite par Ibn Tofaïl (philosophe,medecin,physicien,astrologue et homme d'état).C'était le professeur d'Avéroès.
Tu m'excuseras pour le moment.Je reviendrais plutard pour te raconter un peu de l'histoire de "Hay bnou Yakdane"(je ne sais pas si tu la connait et si elle est traduite en français)
A+