speleologie - aven noir et autres aventures - Aquarelliste et peintre voyageur
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  • : Aquarelliste et peintre voyageur
  • Aquarelliste et peintre voyageur
  • : En peinture, l'art de l'aquarelle est un mode d'expression qui va des carnets de voyages à la création de tableaux : en voici les différentes facettes inspiratrices, techniques et créatives selon Alain MARC ...
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-  Les stages "aquarelle" dans l'Hexagone sont ouverts aux débutants et aux pratiquants déjà confirmés souhaitant se perfectionner : ils ont pour but d'apporter efficacité et aisance d'expression à l'aquarelliste de terrain.
- Les stages "carnets de voyages" sont une véritable immersion dans la pratique du carnet de voyage et de l'aquarelle sur le terrain, orientés "autonomie" ils sont ouverts aux stagiaires ayant assez de pratique pour en profiter pleinement . De la Provence au Jura Oriental, du Portugal, à l'INDE DU SUD, ce sont quelques destinations où vous pourrez aller en 2016...

- Tous les stages sont différents, n'hésitez pas à m'en demander les informations par courriel (voir plus haut) .

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Alors découvrez le nouveau site d'Alain MARC :

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Extraits vidéo d'Aquarelle en Voyage :

Pour me retrouver sur HOUZZ :

Alain MARC Artiste peintre in GAGES, FR sur Houzz

 

https://alain-marc.fr/

 

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Andalousies

«Andalousie, la Route d’Alain MARC», carnet de voyage de Pierre NAVA
Découvrez article après article en cliquant sur les vignettes ci-dessous le carnet spontané de Pierre m’accompagnant en Andalousie, et les «Petites Histoires vidéo» qu’il m’a inspirées :

La-Barca-1b-Pierre-Nava.jpg

Préambule

La Barca 2a Pierre Nava

L'étape de Peniscola

Andalousie b Pierre Nava

Sur la route de l'Andalousie...

Moulin-b Pierre-San Jose 2

Au Cabo de Gata

Bateau Pierre Isleta 3b

La Isleta del Moro

Huebro Pierre vignette

Huebro, la montagne enchantée

Pierre-Nava-Guadix-4-copie-1

Guadix, les maisons troglodytiques

Rio Fardès

Le rio Fardés

Équipiers-équipières aquarelle

 

- Vous aimeriez partager vos bons moments d'aquarelle lorsque vous partez peindre dans votre ville ou votre quartier ? - vous aimeriez aller peindre avec d'autres artistes motivés comme vous lorsque vous voyagez ?
Alors cet espace est fait pour vous uniquement si vous êtes amateurs souhaitant vous retrouver entre-vous (je réfléchis pour l'avenir à une autre rubrique possible s'adressant aux professionnels ou semi-professionnels) : - si vous êtes amateur donc,  et voulez entrer dans ce module transmettez-moi votre prénom (ou un pseudonyme et lieu de résidence) je les rajouterai ci-dessous en établissant un lien anonyme avec votre e-mail, et vous pourrez ainsi trouver des coéquipiers  (ères) de peinture plus facilement . Il suffira de cliquer dessus pour vous écrire un e-mail !


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 Christine

22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 11:41

C'est avant tout, à d'inoubliables temps forts que je vous invite : la descente par l'aven des Trois lundis, la découverte de l'immense salle du fond, le temps de peinture de l'aquarelle et de discussion avec mes amis (es) spéléologues, la remontée acrobatique du grand puits, mettez casque et baudrier, et accrochez-vous bien...

Tout cela, vous le découvrirez (vous le vivrez même grâce à ma caméra embarquée), comme si vous m'aviez accompagné en mettant vos pas dans les miens, en voyant ce que j'ai vu, en imaginant ce que j'ai ressenti, en vous rendant sur le billet correspondant du blog de mon site principal.

Le but de la descente (souvenez-vous), était la nouvelle expérience picturale dont je vous ai déjà parlé.

Mais déjà, voici la 2ème aquarelle de mon expérience, celle que j'ai réalisée de mémoire, bien après notre descente au fond du gouffre (la première, celle réalisée in situ et dont j'ai filmé la peinture sur le motif, est sur le billet correspondant de mon site principal) :

 

L'ambiance du puits principal du gouffre du Grand Barrenc

L'ambiance du puits principal du gouffre du Grand Barrenc

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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 18:55

Cette peinture, l'une de mes petites encres acryliques, évoque concrétions et formations d'aragonite surgissant légèrement bleutées par les leds au cœur de la pénombre, dans les profondeurs des gouffres explorés par les spéléologues, à la lumière de leurs frontales...

Je l'avais peinte il y a déjà quelques années pour mon livre "Aven aux Merveilles, Carnet d'exploration", (mais c'est une "exclusivité", elle n'est pas dans le livre), et je l'ai modifiée avec un filtre bleu nuit afin qu'elle serve d'introduction à la vidéo de ce nouveau billet consacré à ma dernière expérience d'aquarelle simplifiée au Grand Barrenc (une sorte d'autre "Aven Noir" tout aussi sauvage), du plateau de Périllos entre Aude et Pyrénées-Orientales.

Je vous invite donc à découvrir ci-dessous le contexte de mon projet, en attendant avec mon prochain billet la suite de cette belle aventure (en même temps que son résultat), et si vous voulez avoir d'autres "clés" vous permettant de mieux comprendre le sens de cette première vidéo, je vous conseille de parcourir une version plus complète de cet article dans le blog de mon site principal :

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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 21:04

Décidément, il passe trop vite le temps qui me sépare de vous...

Là, nous sommes en plein stage aquarelle de voyage en Provence, entre Alpilles, Luberon et Sainte-Victoire, mais juste avant (à peine eu le temps d'aller de l'un à l'autre), il y a eu l'exposition au Palais des Congrès de Tautavel de mes toiles grand format en rapport avec la préhistoire et les milieux souterrains, et surtout, la réalisation d'une aquarelle éponyme (du fait que je lui ai donné comme nom "Le Grand Barrenc") peinte au fond du gouffre de ce nom-là à l'occasion du rassemblement national des spéléologues du Club Alpin Français, dans l'esprit de la réalisation de celles de mon carnet d'exploration de "L'Aven aux Merveilles".

J'y consacrerai plus tard un article mieux fourni (et vous la révèlerai par la même occasion + une vidéo sympa si j'ai le temps d'en faire le montage), mais en attendant, voici quelques photos de ces "évènements - éclairs" qui étaient si formidables, que je les partage pour l'instant déjà avec vous, par ces quelques petites photos !

Déjà, à l'entrée du Palais des Congrès - musée de préhistoire, l'ambiance est donnée par l'affiche de la Galerie Moretti...

Exposition Alain MARC Tautavel 2017

Vue d'une partie de l'exposition de mes toiles sur les cimaises du Palais des Congrès.

Tautavel

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas Tautavel, sachez que c'est un des hauts-lieux de la préhistoire, un village adorable situé dans un cadre magnifique dominé par le Canigou, un musée visité par des milliers de personnes tous les ans, et un lieu de rendez-vous des amateurs de l'art de vivre à la catalane, dont on a bien du mal à partir lorsqu'on y est !

Alain MARC gouffre du Grand Barrenc

Sur cette photo, je suis à l'un des derniers fractionnements assurant la descente (ou la remontée) dans le gouffre du Grand Barrenc situé à une dizaine de kilomètres du village (remarquez à droite bien en dessous, la petite lumière des spéléologues qui m'ont précédés : elle vous donne une idée de la verticale à cet endroit-là, ce qui vous permet d'estimer la longueur de corde nécessaire si vous voulez vous aussi aller y réaliser en vitesse une petite aquarelle entre la visite du musée de préhistoire, et la dégustation d'un excellent vin à la cave coopérative de Tautavel)...

Alain MARC Grand Barrenc

Tout en bas, j'attaque la réalisation de mon aquarelle sous le regard bienveillant de mes camarades spéléologues nettement plus chevronnés que moi dans l'art de la spéléologie alpine...

Alain MARC Grand Barrenc

Travail rapide dans un milieu finalement pas si humide que cela (j'en étais surpris par comparaison avec d'autres cavités où j'ai pu réaliser des aquarelles)...

J'y ai peint en cette occasion 2 motifs (dont un au fond du gouffre, un autre de mémoire), je vous ferai comparer les deux quand j'aurai le temps de mettre en ligne cette belle aventure, en attendant soyez patients (es), car outre le stage d'aquarelle en Provence, j'ai encore plein d'autres choses exaltantes à faire qui vont m'occuper quelque temps (c'est juste l'histoire d'une dizaine de jours), alors à très bientôt pour partager ces moments-là comme si vous aviez été avec moi, je tiens au passage à remercier chaleureusement toute l'équipe du CAF de Perpignan qui a accompli un travail énorme en équipant à l'avance toutes les cavités visitées, et a mené de main de maître l'animation et l'organisation de ce week-end exceptionnel.

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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 12:22

Me revoilà, pour continuer avec vous ma quête du Bonheur.
Bien sûr, en quelque sorte je l’ai retrouvé, mais ce n’est plus le Bonheur !
Souvenez-vous du début de mon histoire : je vous ai laissé il y a quelques semaine déjà dans l’incertitude du devenir d’E. A. Martel et de ses camarades, qui, après avoir échoué dans une première tentative d’exploration de la petite rivière souterraine, reviennent le lendemain 28 juin 1888 dès 8 h du matin, plus motivés que jamais, et s’enfoncent à nouveau dans la pénombre du labyrinthe de roche, en essayant de suivre le ruisseau.
Bramabiau VuillerDescente de la deuxième cascade de Bramabiau avec le fameux canot Osgood par E. A. Martel et ses compagnons, dessin du peintre Vuillier d’après un croquis de Théodore Rivière. E.A. Martel s’était entouré des services de G. Vuillier un très bon peintre qui refusait les assauts de la photographie et persistait à travailler de traditionnelle façon, dans l’esprit des plus grands illustrateurs de l’époque.
En ce qui nous concerne, nous nous étions quittés après avoir peint une aquarelle rappelant tout le mystère de cette souterraine disparition…
Aujourd’hui, nous retrouvons l’intrépide équipée, là où nul être humain ne s’est encore aventuré. Les heures s’écoulent, angoissantes pour tous les badauds venus assister à l’expédition, et qui attendent à l’extérieur, des deux côtés de la vallée.
Ce n’est qu’à 23 h 30 que Martel et ses compagnons arrivent dans « l’Alcôve »,  à la résurgence du Bonheur devenu « Bramabiau » (en occitan « le bœuf qui brame »), nom donné par les paysans à cette énorme source et à la rivière qu’elle engendre, à cause du sourd mugissement de ses cascades débouchant dans la vallée.
Martel est si profondément marqué par cette aventure qu’il consacrera le reste de son existence à l’exploration souterraine.

Il ne le savait pas, mais avec ses aventureux camarades il venait d’inventer la spéléologie !

 
Je vous emmène aujourd’hui réaliser une aquarelle dans ce qui fut il faut bien le dire, le berceau de la spéléologie : un univers fascinant qui je l’espère, vous donnera envie d’aller à sa rencontre sur les lieux mêmes des exploits d’E. A. Martel.

Si vous voulez vous-même découvrir cet extraordinaire milieu souterrain, vous pouvez sans le moindre risque, à l’occasion d’une visite guidée souterraine magnifique, sans effort ni difficulté lors d’une superbe promenade, avoir à votre tour une idée de ce qu’ont pu ressentir E. A. Martel et ses compagnons d’exploration : pour cela rien de plus facile, rendez-vous au chalet d’accueil de l’Abîme de Bramabiau.
C’est une étape incontournable si pendant vos vacances vous traversez les Grands Causses ou les Cévennes et allez du côté du Mont Aigoual.
L’abîme est ouvert en avril - mai - juin de 10h à 17 h 30, en juillet - août de 9 h 30 à 18 h 30, en septembre de 10 h  à 17 h 30, et en octobre - novembre (jusqu'au dernier jour des vacances de la Toussaint) de 10 h 30 à 16 h 30. Prenez une petite laine (vêtements chaud quelle que soit la saison si vous êtes frileux - se -) car la température intérieure est de 10°C, vous pouvez même en faire profiter vos animaux préférés qui sont acceptés en laisse à l'intérieur de la grotte !
Pour en savoir plus je vous invite dès à présent à aller visiter le beau site de la rivière souterraine  http://www.abime-de-bramabiau.com/ où vous trouverez tous les renseignements complémentaires vous permettant de vous y projeter.
Sachez que l’Abîme de Bramabiau et sa rivière souterraine ont depuis toujours suscité une fascination particulière : à la fois mystérieux, impressionnant et grandiose, le lieu a inspiré nombre de légendes, oeuvres littéraires, cinématographiques et artistiques, vous devriez y éprouver de véritables émotions esthétiques. 
Quant à moi, je tiens à remercier toute l’équipe de l’abîme de Bramabiau pour l’autorisation donnée afin de réaliser ce reportage aquarellé, et à vous, pour m’avoir suivi jusqu’ici.
Si cette série de découvertes carnettistes hors des sentiers battus vous a intéressée, alors réjouissez-vous car j’ai l’impression que l’action ne fait que commencer…
Bramabiau Alain Marc…Sur les lieux du dessin de Vuillier et des exploits de Martel : si c‘est dans la réalisation de motifs de ce type que je trouve en ce moment le plus d’accomplissement, c’est parce qu’ils sont le trait d’union symbolique entre une épopée qui changea notre connaissance du monde, et la continuité d’une aventure d’exploration toujours d’actualité car il n’existe pratiquement plus de lieux encore inconnus sur notre planète que dans les profondeurs du monde marin et souterrain.
Pour moi, témoigner de ces explorations et m’y impliquer est bien plus passionnant que de réaliser un simple carnet de voyage (aussi captivant soit-il mais dont j’encourage et loue la pratique pour tout un chacun car c'est très valorisant), parce que je ne suis plus seulement spectateur mais acteur d’une aventure, où le mot « découverte » garde encore tout son sens, dans un monde où porter son regard ailleurs est devenu pour beaucoup une assez facile banalité.

 

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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 10:56

En attendant d’avoir terminé le petit travail sur lequel je m’acharne depuis un bout de temps, (qui devrait être si je parviens à le mener à bien, ma façon personnelle de faire un bilan de l’année écoulée), voici un article en rapport avec une récente actualité de spéléologie, souvenez-vous c’était il y a deux jours à peine …

 

Je l’écris aussi pour répondre à une intéressante question posée dernièrement par une amie blogueuse que j’apprécie beaucoup, et j’ai pensé en cette période de l’année où on fait des bilans faute de refaire le monde, qu’il serait susceptible de vous intéresser .

Question :

- Toi qui aime les explorations souterraines, que penses-tu de ces explorateurs qui se font coincer régulièrement et font risquer la vie des sauveteurs ???
- Est-ce que leurs explorations en valent vraiment la peine ?

Départ du puits du «Bénitier», vertigineuse plongée dans l’inconnu et l’obscurité . Aquarelle Alain MARC, Carnet d’exploration de l’Aven Noir .

 

Réponse : 

Je réponds avec retard à ta question, excuse-moi, et te remercie de l’avoir posée .

Je le fais en deux points selon mon expérience et mon point de vue :

a) - Le problème est inexplicable ou plutôt incompréhensible pour le grand public .
Heureusement, ce sont les autorités elles-mêmes (en ce qui nous concerne) qui ont conclues après la remontée des 3 spéléologues que ce n'était pas de leur faute (dans le cas de ce dernier fait divers dont la télévision et la presse se sont largement faits l’écho ces jours-ci, j'en attendais d’ailleurs le dénouement pour te répondre, mais ma réponse aurait été la même quelle que soit la façon dont cet évènement se serait terminé), et qu'ils n'avaient commis aucune erreur ...
Il y a une solidarité entre gens de la montagne et du monde souterrain qui fait qu'on ne voit pas les choses de la même manière que les voient la presse, les médias et le public qui suit sans connaissance de cause et réagit sans perception réelle de ce type d'évènement, des motivations qui en sont à l'origine et de l'engagement qui y est lié .
Lorsque les explorateurs sont totalement néophytes ou très imprudents il est normal qu'on se pose des questions, et encore personnellement je les nuancerais car les associations, clubs et autres lieux de formation font énormément pour éviter une pratique irresponsable ou dangereuse de nos activités .
En ce qui concerne ce gouffre des Pyrénées, pour aller là où ils étaient, il faut déjà être très bien équipé et bénéficier d'un très bon niveau . Beaucoup de spéléologues (ou d'alpinistes) de ce niveau-là ont déjà participé à des secours de leurs collègues, et quand à leur tour ils se font piéger ce ne sont généralement pas ceux qui vont aller à leur recherche qui vont les incriminer .
Les impondérables et dangers objectifs existent aussi bien en montagne, spéléologie, que dans toute autre exploration ou pratique sportive engagée . On le sait lorsqu'on part, et on n'est pas à l'abri d'un imprévu qui peut mal tourner même si on a pris toutes les précautions pour ne pas se mettre en danger, encore moins mettre autrui en danger .

On peut s'entraîner considérablement, être au "top" de sa forme, de la pratique et de la technique, pourtant un incident grave ou accident peut toujours arriver et l'entraînement passe aussi par l'anticipation et «l'auto prise en charge» de tous les cas de figure envisageables .

Je sais de quoi je parle, et je suis révolté lorsque j'entends des gens qui n'y connaissent rien avoir certains raisonnements, ou pire juger sans connaître le problème et n'avoir aucune expérience de terrain, il n’y a rien de pire que de parler de ce que l’on ne connaît pas !
En tout cas en ce qui me concerne je ne jetterai jamais la pierre à qui se trouve ou se trouverait piégé par un imprévu .

Je pourrais écrire des pages à ce sujet : mon vécu de spéléologue, de libériste et de montagnard est passée par là, des deux côtés de ce type d'expérience (je te donne plus d’explications concrètes dans ma réponse directe à ta question dans les commentaires d’un article précédent sur ce blog) .

C’est en se trouvant tout à coup face à de telles splendeurs dans une immensité qu’on croirait directement surgie des plus imaginatifs et féeriques décors de fiction, qu’on se rend compte combien la vie malgré les grands bonheurs qu’elle peut parfois nous réserver peut être perçue en surface comme insipide au quotidien, et combien il y a dans les derniers mondes encore totalement vierges de cette planète toute la dimension d’une épopée qui vaut à elle seule la peine d’être vécue en allant jusqu’au bout de soi pour s’y projeter …

On rejoint là les valeurs éternelles des premiers explorateurs et des «dépassements d’horizon» : en les dépassant, on donne à ceux qui nous suivent de nouveaux territoires pour qu’ils puissent s’y accomplir .
Nota : j’ai réalisé cette photo sans aucun trucage, il n’y a pas là les jeux de projecteurs colorés qui font la joie des exploitants de grottes touristiques, nous sommes tout simplement dans un autre univers, les volumes, les formes et les couleurs sont bien réels, en tout cas ici en décalage complet par rapports aux autres cavités souterraines que je connais . (Photo Alain MARC)
 

b) - Le jeu en vaut-il la chandelle ?
 

Alors là avec cette question, on entre effectivement au coeur du sujet pour tellement de gens ...
Pour nous, elle ne se pose même pas .
… D’ailleurs la vie elle-même vaut-elle la peine d'être vécue sachant tous les dangers, les maladies et les risques qui nous guettent y compris pour ceux qui ne font rien, et puis quand bien même se serait-on grandement protégés toute son existence, un jour, il faut bien mourir malgré tout l’immense respect que nous avons pour nos vies et plus encore pour celle des autres ?
Je peux te citer tous les poncifs de l'oeuvre des grands explorateurs, alpinistes, spéléologues, on y trouve mille réponses, pour ma part j’en ai des rayons entiers, je renvoie ceux qui liront ces lignes aux «classiques» qu’ils pourront se procurer .
Ces œuvres comportent toutes les réponses aussi importantes que la vie qui peut être mise en jeu pour ces valeurs-là, et Dieu sait si ceux qui les ont formulées aiment ou aimaient la vie !
Je te dirai pour ma part que oui, même si on ne découvre rien, même si c'est juste la passion qui nous mène au bout de nous-même et de cet ailleurs où le dépassement est une projection de notre raison d'exister, que cet engagement en vaut la peine, il en vaut autant la peine que toute oeuvre créative car il est création dans cet éphémère qui nous modèle intérieurement comme si nous étions nous-mêmes produits de notre propre création .
Là, je sais que je ne serai suivi que par ceux qui «savent», … ou qui ont cette intime perception qui se rapproche de l’intuition .
Pour les autres ce ne seront que brèves de comptoir ou littérature .
Ou plutôt je leur dirai : - avez-vous été voir le film "AVATAR", à l'écran ces temps-ci, qui a tant de succès ?
Eh bien si les foules s'y précipitent, c'est que notre besoin de projection dans d'autres formes de réalités, les nécessités de combler notre imaginaire et les manques d'un absolu qui peut donner un sens à nos vies sont immenses dans le quotidien de la plupart des gens .
Admiration pour cette fiction où les «connexions» des conducteurs dans les processeurs informatiques autant que dans les cerveaux des acteurs, des techniciens et créatifs ont bien fonctionnées, à commencer par celui de James CAMERON : allez voir ce film, il est prodigieux à bien des égards . Il touche même au merveilleux .


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Coupe d’un remplissage stratifié (détail), Aquarelle et encre Alain MARC, Carnet d’exploration de l’Aven Noir .

Hors la haute montagne, le monde souterrain, le vol libre et tous les autres bouts de monde dont on sait les engagements qui nous y mènent, sont autant «d'AVATARS» que nous vivons, mais nous ne les vivons pas par imagination ou personne interposée mais par nous-mêmes, et les mondes que nous visitons ont dans la réalité la dimension des plus merveilleuses séquences de ce film, nous y entrons réellement avec prudence et humilité .

Ils représentent à eux seuls la raison même d'y aller .
Dans notre cas précis au fond du gouffre de l'Aven Noir nous avons beaucoup de chance, car nous savons en plus aujourd'hui ce que nous sommes en train d'apporter à la multiple connaissance de cette région karstique des Grands Causses, et par conséquent à la science car les découvertes réalisées y sont importantes .
Et encore je ne suis que témoin, un modeste petit dessinateur carnettiste qui ne peut communiquer ici les premières études des scientifiques qui commencent à se pencher sur le problème, les merveilles entrevues, les perspectives possibles .
Essentielles aujourd’hui plus que jamais pour la connaissance et le maintien des équilibres naturels souterrains avec leur implication sur les écosystèmes de surface, les ressources souterraines et un nombre incroyable de choses ...
Ce que je sais, c'est que grâce à l'acharnement de notre responsable d'exploration, à son opiniâtreté, à sa témérité maîtrisée, à son courage, à son travail, à son expérience, à ses prises de risques calculées, c'est une vaste zone toute entière qui est en train d'être sauvegardée, avec son classement par le Ministère de l'Environnement, sa protection de la faune et de la flore, du milieu karstique tout entier, de l'harmonisation et de la mise en valeur du patrimoine paysager aussi bien qu’architectural de tout le secteur (lignes électriques et téléphoniques en cours d’enfouissement ou déjà enterrées, encadrement du nouveau bâti rural, etc.) ce que nos enfants, petits enfants, et les heureux descendants héritiers des zones concernées seront fiers d'avoir un jour car ils en seront les bénéficiaires, celui d’un trésor, ce dont leurs parents ou grands parents ne sont pas encore toujours conscients .

Ma carte de vœux si vous avez eu la patience de me lire jusqu’ici  .

Je répondrai à vos nombreux vœux dont je vous remercie chaleureusement individuellement, mais je le fais déjà à travers cette photo prise en exploration au fond de l’Aven Noir . Parmi les innombrables merveilles de ce gouffre, des buissons d’aiguilles et de perles d’aragonite sur socle de calcite, saturés d’humidité, voilà ce que nous découvrions à profusion cette fois-là après plusieurs jours de progression . Un décor de Noël caché depuis des millénaires, Roland se joint à moi pour vous l’offrir pour les vœux 2010, c’est peut-être l’une des plus extraordinaires carte de vœux qu’on puisse imaginer quand on sait l'itinéraire suivi pour aller la chercher … (Photo Alain MARC)


Et pourtant, quand mon copain Roland PELISSIER, découvreur de ces nouveaux réseaux et responsable des explorations, s'engagea seul à près d'une centaine de mètres sous terre il y a plus de 10 ans et dans des conditions très difficiles en escaladant l’improbable fissure qui le conduisit à cette fabuleuse découverte, il n'avait que la passion pour le guider, il ne pouvait savoir ce qui l'attendait mais il en avait le rêve comme moteur, et c'est grâce à ce moteur qu'il a transformé ce rêve en réalité !

- Qu'aurait-on dit de lui s'il lui était arrivé quelque chose ?

- Que se serait-il passé ?
- Qu'auraient véhiculé les médias qui l'ont loué, encensé, et se sont faits l'écho de sa découverte ?
Je vous reparlerai l'an prochain d'un film dont nous sommes quelques-uns des modestes acteurs au fond de ce gouffre de l’Aven Noir (en tout cas lorsqu’il sortira sur nos petits écrans) : je pense que tu verras alors
à travers le regard du réalisateur, (et bien d'autres de mes lectrices et lecteurs aussi) ce que nous y avons rencontré et que nous lui avons également fait partager (au moins en infime partie), c'est à dire, par delà notre passion, une autre définition de la beauté .
Je sais alors que tu nous comprendras ...
  

À très bientôt, profitez bien toutes et tous de vos derniers jours 2009 et de votre jour de l’an .

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26 décembre 2007 3 26 /12 /décembre /2007 12:28
Causse Noir, des fissures en falaises au tichodrome échelette …

Thich Nhat Hanh a dit : « En nous établissant dans l’instant présent, nous pouvons voir toutes les beautés et les merveilles qui nous entourent. Nous pouvons être heureux simplement en étant conscients de ce qui est sous nos yeux » .
Nous voici dans les grandes fissures du bathonien en quête de ces hypothétiques passages qui doivent nous amener dans un « ailleurs » proche et inaccessible à la fois : une possible communication avec le secret parcours d’un gouffre suspendu dans le temps, développant son histoire au creux des millénaires dans l’indicible vacarme de l’aventure du vivant .
Le soleil illumine les immenses dalles de calcaire qui réfléchissent la lumière sur les parois d’ombres ocres, roses, brunes, bleutées, jusqu’à rendre irréel le flamboiement des porches du vertiges suspendus au dessus du vide, tels des balcons de l’impossible pour assister au mariage de la roche et du ciel, dans cette fête où la notion d’espace prend une autre dimension …
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Deuxième longueur d’escalade à la base d’une grande fissure s’ouvrant dans la paroi : le pied de la roche paraît tout proche et pourtant cette sensation si particulière d’ouvrir une porte sur une autre dimension où le monde n’est plus qu’un concept de bipèdes plongeant à la renverse dans les brumes pâles de la vallée, nous donne cette impression d’invincibilité que connaissent bien les grimpeurs, une fois passées les bien légitimes frousses des premiers apprentissages de hauteur… (Photo Alain MARC)
Nous faisons notre cette phrase de Thich Nhat Hanh .  Ce n’est pas difficile ici : une fois de plus, la magie des lieux nous emporte à la frontière d’un univers « autre » où nous savons que tout est possible, et que nous pouvons à tout instant franchir le limites du temps pour entrer en correspondance avec l’âme des choses, leurs intimes secrets, comme si à nous, pauvres et si éphémères humains, quelque sublime parcelle d’infini pouvait nous être révélée …
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En haut de la fissure, on plonge à l’envers du décor : c’est presque l’intérieur de la falaise, celui où la lumière se métamorphose, se réfracte et se réfléchit en échos multicolores au diapason de la calcification, des brillances et des matités de la roche . (Photo Alain MARC)
À cette rencontre de l’air et de la roche, du vertical et de l’horizontal, du compact et du spatial, s’établit la dialectique du dehors et du dedans, de l’ouvert et du fermé . Elle prend un sens nouveau avec les jeux de lumière et les couleurs minérales qui lui sont associées . La spatialité même de l’atmosphère, vecteur d’un éclairage si particulier ici, confère à cette quête d’inconnu la qualité d’un voyage dans d’étranges et poétiques vibrations . À travers cette notion de « dedans » et de « dehors » tout se dessine comme si nous percevions soudain l’écho des résonances subtiles d’un « en deçà » où nous ne sommes que simples et fragiles spectateurs, mais témoins d’un tel spectacle qu’il nous transcende tout de même, par ce qu’il nous offre le murmure de toutes les primitivités du monde .  C’est comme si elles s’étaient endormies ici au creux des formes et des couleurs …
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L’entrée d’une autre caverne suspendue . Les ronces et figuiers sauvages ont envahis l’entrée, et un fois de plus l’exploration du site ne donne rien sur le plan purement spéléologique . Cependant, si nos recherches s’avèrent sans résultats dans cette part d’exploration, elles nous révèlent des secrets d’une autre valeur : celle des couleurs magiques de la roche empreinte d’oxyde oranges bleutés et ocres, juste perceptibles en ce moment de l’année et à cette heure-ci de la journée, grâce à la disposition très particulière du soleil dans le ciel et à la façon dont ses rayons sont renvoyés par le calcaire des falaises alentour …
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Les couleurs de ce calcaire sont authentiques, je ne les ai pas modifiées ! J’en tire une première étude, dans une sorte de dialogue d’entrée avec l’esprit de la nature, à travers les vibrations des couleurs du rocher … Mais je n’en suis pas satisfait : ce travail n’est qu’une pâle copie de la réalité . Ce n’est qu’une apparence, elle ne contient pas assez « le vrai » : traduire l’essence des choses n’est pas les copier . On les copie pour mieux les décrire si on veut les expliquer, mais ce n’est pas traduire l’indicible que de ne pas dépasser la frontière du visible . (Photo et aquarelle Alain MARC)
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Il faut mieux regarder d’où vient la lumière, ressentir à même le corps les formes et le grain du rocher, se blottir pour percevoir ce langage des traces de l’usure des temps par millénaires interposés, mêlés dans cette expérience à la plus fugaces des clartés …
Une expérience silencieuse et intime pour provoquer les images . Chacun a sa façon de travailler . Ce que je sais, c’est qu’il faut s’imprégner et se nourrir davantage des choses vraies au moment où elle « sont », sans les laisser échapper . Alors viennent les images chargées de l’étrange bruissement des parcours libérés, du soleil, (même en semi obscurité), on peut à présent entrer dans la « force » de la réalité et porter nos images à la frontière même de ce qu’on peut exprimer .   (Photo Roland PÉLISSIER)
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Là je suis plus près du « vrai » . Écrire et peindre un carnet n’est pas seulement dessiner, observer, relater . Ce n’est pas simplement décrire . C’est aussi entrer en connivence avec l’âme des êtres et des choses lorsque cette chance nous en est donnée . C’est les partager, les vivre en intériorité, c’est nous dépasser quand on va à notre tour les donner, afin que leur essence à travers notre personnalité en soit si possible traduite non seulement dans leurs apparences, mais aussi dans leur intime réalité . (Aquarelle Alain MARC)
La soirée se prolonge de falaises en rochers . En bas, le cours du Trévezel scintille au soleil, et il y a comme des nuages de poudre dorée qui dissolvent les pentes du Bégon plus loin, là-bas vers la Dourbie .
Nous faisons une drôle d’équipe : lui absorbé par ses recherches, le souci d’un travail de qualité, moi pris par mes réflexions poétiques, picturales, variées, et aussi le souci de ne rien laisser échapper de ces trésors si fragiles que beaucoup sont même incapables de soupçonner : les joyaux d’autres perceptions et d’autres expressions de ce que certains nomment la beauté, mais que je crois plus proche de différentes essences de la réalité .
Pourtant je suis très prudent, concentré sur ce que je fais en escalade, attentif si c’est nécessaire pour l’assurer, comme il l’est plus encore, lui, pour me sécuriser .
Bientôt nous dominons de monolithiques et colossales aiguilles dominant la vallée, quand je vois un étrange oiseau tel un répétitif éclair rose vif, arpenter la plus élancées des aiguilles, juste en dessous de nous en pleine paroi ensoleillée !
Il grimpe de coté, s’envole et se repose d’un vol hésitant et saccadé, se retourne et virevolte, avance comme un crabe d’aspérités en aspérités, fouillant de son long bec fin et recourbé la moindre des petites fissures à la recherche d’insectes, araignées et autres invertébrés . Arpentant le calcaire, il ouvre régulièrement ses ailes par saccades, et il est bien difficile de le repérer tant il se confond avec la roche quand il les a refermées . C’est un tichodrome échelette . À peine ai-je le temps de prendre des notes, d’essayer de bien l’observer, de faire en vitesse un petit bout de vidéo au maximum de ce que mon appareil photo peut donner, qu’il plonge vers la vallée dans un joli vol aux éclats de carmin, de papillon désordonné !
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Totalement invisible sur l’immense aiguille ensoleillée (il a juste la taille d’un petit merle), s’il ne bougeait des ailes, de loin, même avec les jumelles se serait bien difficile de le repérer ! (Photo Alain MARC)
 
 
Pardon pour la mauvaise qualité de la vidéo, c’est vraiment flou et je bouge beaucoup (j’étais au maximum du zoom numérique ce qui est très loin d’être parfait), mais regardez bien : il est tout petit sur le rocher et ce n’est que lorsqu’il bouge qu’on voit où il est . Mais on comprend au moins sa manière de chasser, et puis c’est le beau souvenir d’un oiseau assez rare, qui ce soir-là, quelque part, nous ressemblait ! (Vidéo Alain MARC)
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C'est la dernière image de la vidéo, on voit bien en bas de l’image à droite son corps clair et ses ailes déployées rouge carmin, plonger vers la vallée avant que je ne puisse plus le cadrer . (Photo extraite de la vidéo ci-dessus)
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Voici le tichodrome échelette tel que je l’ai redessiné à partir des observations réalisées et d’autres documents : je suis là dans une démarche totalement descriptive, bien différente de l’expérience évoquée plus haut . Dans un tel travail on se doit d’être fidèle à ce qu’on a vu et noté, afin d’informer et d’expliquer le mieux possible dans un esprit didactique et descriptif . (Croquis et aquarelle Alain MARC) .
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Enfin, juste pour « information » et pour clôturer cet article parce que je trouve ces couleurs assez gaies : ce sont quelques couleurs et les premiers mélanges d’étude pour la peinture des fissures des grandes falaises que nous avions explorées …

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22 décembre 2007 6 22 /12 /décembre /2007 01:32

Causse Noir, inversion de subsidence et de rayonnement …

 

Voilà de nombreux jours où vous n’aviez aucune nouvelle … Vous deviez penser que j’étais loin de l’ordinateur ou que j’étais absorbé par quelque autre activité passionnante, ou les deux à la fois . Vous ne vous trompiez pas !

Réaliser un carnet comme celui de l’Aven Noir n’est pas seulement s’enfoncer dans les entrailles du causse, c’est aussi le regarder, l’écouter, le ressentir à fleur de peau, à fleur de roche, à fleur d’espace . C’est le percevoir au fil des saisons dans la connivence de toutes ses dimensions, c’est se mêler à sa respiration naturelle, multiple, sauvage, grandiose et secrète . Avec respect, écoute, discrétion . Avec amour .

Parce qu’aux petits matins d’hiver, dans la blanche et piquante lumière du jour qui teinte d’or et de carthame l’horizon, il est écrit des signes secrets qu’il nous appartient de déchiffrer si on veut en comprendre le message, si on veut avancer dans la découverte et la compréhension du monde souterrain qui se love et s’étire dans ses profondeurs .

Cela nécessite le même lien à la terre, le même attachement à l’emprise des hauts plateaux et à leurs verticalités, que pour ceux qui y vivent . Pour cela il faut du temps . Il faut aussi être là quand il faut . Il faut aimer le silence, la solitude, l’effort prolongé et la patiente attente dans le froid et l’improbabilité .

C’est un peu de ces temps forts que je vous fais partager aujourd’hui avec cette nouvelle page du carnet de l’Aven Noir, le début d’un suspens où les mystères de la nature vont nous révéler (y compris dans le prochain article), un ou deux de leurs plus beaux secrets …

Moins sept degrés quand nous chargeons nous sacs à dos, et coiffons nos bonnets . Il fait tout juste jour . Derrière nous, le sympathique gîte de Revens où nous avons passé la nuit s’est rendormi dans le silence du petit village caussenard . Nous avançons vers le levant .

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8 h : regard au petit jour depuis le haut du ravin de la Granarié vers la vallée de la Dourbie et le val de Nant . Ils sont tous les trois sous la brume . En cette saison, en période anticyclonique, l'air se refroidit près du sol lors des nuits claires et par effet de gravité (il est plus lourd que l’air chaud) s’accumule en fond de vallées . Sur les hauteurs, l’air est légèrement moins froid, et il se forme une couche de brouillard entre les deux (généralement sous la forme de stratus) . Cette couche d’inversion se résorbe dans la journée sous l’effet du rayonnement solaire et de la convection qu’il provoque . C’est un phénomène de toute beauté bien connu des montagnards, particulièrement lorsqu’une autre forme d’inversion de température (la subsidence), fait émerger les cimes au dessus de 1000 à 2000 m : nous avons ici sans être en haute montagne, le même type d’effet . À l’horizon, les hauteurs du Larzac vers la Couvertoirade . (Aquarelle Alain MARC)

Cette météorologie bien particulière est l’alliée des spéléologues attentifs et matinaux . Ou plutôt des spéléologues peu frileux, car ce qu’ils vont tenter de voir parmi les signes secrets que leur envoie la nature, sera d’autant plus visible que le froid sera vif . Et aussi que le temps sera clair, car il n’est pas évident de chercher une colonne de buée au milieu d’une couche de brouillard d’inversion !

- Une colonne de buée, que veux-tu dire Alain ?

Je veux dire que si quelqu’aven caché dans les broussailles, si quelque profonde fissure en falaise reliée à une grande cavité sans qu’on ait pu jusqu’à présent en déceler la présence se manifestent sous forme de « trou souffleur » (courant d’air sortant, lié à la différence de pression entre l’intérieur et l’extérieur), ils vont cette fois se trahir par la colonne de buée se trouvant au dessus d’eux (parfois sur plusieurs mètres de hauteur) provoquée par la condensation de l’air de la cavité souterraine chaud et humide, au contact de l’air extérieur froid et sec .

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11 h 30 : le givre est encore bien présent sur tout l’ubac et en fond de vallée après la dissipation des brumes liées à l’inversion de température . Cependant, même si les indices de l’adret doivent avoir été repérés depuis longtemps car ils ne sont plus visibles maintenant, il est encore possible de poursuivre l’observation des pentes à l’ombre pendant quelques dizaines de minutes encore, avant que la température ambiante extérieure n’équilibre celle de l’air s’échappant des profondeurs . La différence de température entre l’ubac tout givré et l’adret chaud et ensoleillé à ce moment-là, peut être de plus de 20 ° ! (Photo Alain MARC)

C’est donc avec un regard de lynx (enfin nous essayons) que nous parcourons jusqu’après le lever du soleil, plateau, pentes et falaises, dans un large périmètre autour de l’Aven Noir, particulièrement à la verticale ou dans les environs extérieures des différents réseaux hypogés du gouffre qui nous intéresse . Cela implique que nous ayons une parfaite connaissance du terrain, et que la topographie souterraine soit bien faite afin que nos recoupements de surface soient justes . Le reste est un jeu passionnant mais qui demande une patience infinie, un jeu qui cependant peut s’avérer payant, je vous l’assure .

Ensuite, si les indices repérés sont en falaise, il faut grimper, descendre en rappel, et après un certain nombre d’acrobaties plus ou moins aériennes (c’est particulièrement le cas pour accéder aux fissures et cavités surplombantes), explorer dans les moindres détails tous ces conduits et anfractuosités pleins de promesses, souvent invisibles même quand on est à leur pied, mais qui peuvent aussi parfois hélas, nous apporter des déceptions à la hauteur de leur inaccessibilité !

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« Les deux formes de connaissance », aquarelle réalisée il y a des décennies à présent, mais que je conserve précieusement : l’inversion de subsidence y est déjà présente et symbolise cette limite qui permet de passer du « monde d’en bas » gris et froid au « monde d’en haut » lumineux et ensoleillé … (Aquarelle Alain MARC)

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Dans le soleil matinal les falaises dominant les gorges du Trévezel ont quelque chose de magique : la lumière est or et bleutée, les roches blanches, ocres et roses se marient dans une polychromie quasi enchanteresse avec les pentes et plateaux encore aux couleurs automnales . Il est vrai que ce pays de légendes et de fées porte en lui naturellement l’empreinte de la beauté … (Photo Alain MARC) 

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Pendant ce temps les repérages de surface passent par un travail méthodique et scrupuleux où aucun indice, aucune donnée ne doivent être occultés : tout se mesure avec précision à l’altitude, au mètre et au degré (et manuellement car en plusieurs endroits, le terrain est si accidenté que le GPS ne passe pas) … (Photo Alain MARC)

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Fort de toutes les informations réunies, Roland vient d’équiper le premier rappel et s’apprête à glisser le long des grandes falaises surplombantes jusqu’à une énigmatique grotte suspendue . Elle est sur le trajet d’autres indices plus probants, mais nous la visiterons au passage, à tout hasard . (Photo Alain MARC)

C’est une chance de plus qui m’est accordée de pouvoir accompagner Roland dans cette phase de ses investigations car ces lieux sont en voie de protection . C’est l'une des raisons pour lesquelles ce type d’exploration se déroule en hiver loin de toute période de reproduction ou de nidification de la faune colonisant ces parois . Mais malgré l’autorisation qui nous est accordée, nous n’accédons aux falaises qu’en plein milieu de la journée lorsque nous ne risquons pas d’y déranger les oiseaux du biotope, et excluons toute activité sur les zones où se trouvent des niches et fissures où se cachent de jour les rapaces nocturnes, comme les hiboux et chouettes, et dont certaines espèces telles le grand duc sont fragiles et rares : il nous faut absolument les protéger .

Dans le prochain article, je vous emmène dans ces verticalités : je pense que vous aurez plaisir à découvrir quelles surprises et quelles ambiances elles vont nous révéler !

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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 22:21

Spéléologie : Aven Noir, le prix d’une aquarelle …

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La presse régionale nous attendait à la sortie, à l’affût depuis quelques jours, mais nous y sommes restés un jour de plus !

Quant à vous qui lisez cet article, vous savez qu’en accord avec Roland PELISSIER, les autres membre de l’équipe et les différentes personnes concernées, vous êtes en priorité « au coeur de l’action » grâce à la réalisation de mon « carnet d’exploration » dont je vous livre régulièrement quelques pages, selon les reportages que je publie ici au fur et à mesure de son évolution . De surcroît comme les photos seront rares dans mon carnet d’aventures, le contenu de ce blog n’en est que plus précieux encore .

Pourtant, c’est à la « une » des journaux régionaux que le voile s’est levé sur le but de notre dernière expédition : tenter par un itinéraire encore inconnu d’établir une jonction entre deux réseaux, dont une galerie et un puits très prometteurs avaient été tout récemment découverts par Roland PELISSIER et l’un de ses coéquipiers (Serge CAILLAULT), afin d’essayer à plus long terme de mieux comprendre cette passionnante cavité et ses innombrables mystères .

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Je ne laisse pas « lisible » la copie de cet article (tout juste un extrait ci-dessous) par respect pour le journal et les droits d’auteur de Mathieu LAGOUANERE (le journaliste qui l’a écrit), mais voici l’intéressant site web du Midi-Libre, où vous pourrez entrer au cœur de l’actualité régionale : 
http://www.midilibre.com/

Quant à sa page « Abonnement en ligne » pour celles et ceux d’entre vous qui voudraient recevoir le journal par le web, elle est la suivante :

http://www.journauxdumidi.com/kiosque/midilibre.php5

C'est en nous réchauffant et en « récupérant » au petit matin autour d’un chocolat chaud dans le premier café que nous trouvons ouvert au cœur du village de Nant, après de longues journées sans lumière et quelques nuits courtes et humides dans la froidure du gouffre, que nous pouvons lire ces commentaires de presse sur nos nouvelles aventures à l’Aven Noir .

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L’occasion pour moi de rajouter l’équivalent d’un chapitre presque entier à mon carnet d’exploration, et de vous faire partager une page importante de cette belle aventure, autant que mon engagement et mes efforts pour ramener du fond : des notes, des dessins ou aquarelles et des documents rares et inédits en plus d’émotions comme je n’en avais jamais eues …

On ne pourra pas dire qu’il n’y avait pas d’implication de terrain dans la réalisation de mon carnet !

Vous souvenez-vous du début de la semaine qui s’achève ?

Une dépression se creuse au large de nos côtes gasconnes en se rapprochant de l’Hexagone à grande vitesse . Flux de sud à sud-est sur le midi de la France . Avec un violent vent d’autan sur Midi-Pyrénées et de fortes précipitations au versant méditerranéen des Cévennes et Grands Causses : un temps de saison pour nos régions, idéal pour pratiquer la spéléologie quand les réseaux en cours d’exploration sont fossiles et ne risquent pas d’être noyés, mais avec un certain nombre d’incertitudes tout de même par rapport au parcours qui nous attendait .

Heureusement mon carnet est emmené dans un caisson étanche comme le reste de mon matériel d’enregistrement, les rations de nourriture et de progression, les vêtements de rechange, etc., car c’était le déluge .

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En route au petit jour pour l’Aven Noir : ce ciel c’est-ce qu’on appelle en météo « l’autan noir », … prometteur pour les heures qui s’annoncent ! (Photo Alain MARC)

Au fur et à mesure que le jour se lève, nous découvrons la rivière de la Dourbie en crue et quand nous nous engageons dans la marche d’approche des Gorges du Trévezel nous entendons gronder le torrent que nous ne voyons pas encore mais qu‘il va bien falloir franchir pour gravir la pente en face de nous …

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Plus que quelques centaines de mètres avant le fond des gorges . Il pleut toujours . Avant de remonter la pente pour accéder à l’entrée de l’Aven Noir (qui est tout en haut de la photo au niveau des plus hautes falaises) il va falloir franchir le Trévezel qu’on entend gronder en fond de vallée … (Photo Alain MARC)

Nous avons raison de nous méfier : avant même d’être au pied de la pente à gravir pour accéder à l’entrée du gouffre, nous sommes servis !

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Le Trévezel, d’ordinaire à sec car son cours est hypogé à l’endroit où nous le traversons d’habitude, est devenu un torrent impétueux et infranchissable (le seul pont que nous pourrions emprunter est situé assez loin en amont, alternative impensable qui nous ferait perdre des heures en marche d’approche) … (Photo Alain MARC)

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La solution est trouvée par une traversée sur tyrolienne (assez acrobatique d’ailleurs), au dessus d’une zone plus profonde mais plus calme … (Photo Alain MARC)

La suite serait presque banale si la curiosité, l’excitation de la découverte et une sorte d’impatience fébrile ne se transformaient pour la remontée vers le gouffre puis à notre descente jusqu’au camp de base, en une sorte de rendez-vous avec le mystère, de veillée d’armes, de préparatifs immédiats pour la plus exaltante chasse au trésor qu’on puisse imaginer .

Mais pas que cela, bien plus que cela : le sentiment d’une immense chance de pouvoir vivre de telles aventures en plein XXI ème siècle .

Pour commencer, la confirmation d’une bonne nouvelle qui nous apporta du baume au cœur car d’excellent augure pour la suite de la journée et l’avenir de l’Aven Noir (je l’avais évoquée lors d’un article précédent sans dire de quoi il s’agissait) : des craves à bec rouge ont survécus et sont revenus, ils redonnent à l’immense Fosse aux Ours la sonorité de leurs cris innombrables !

La mise en œuvre des conditions pour qu’une opération de cette nature soit réussie n’est pas si évidente que cela : c’est le résultat du travail constant et acharné de spécialistes tels que le responsable de notre groupe, son opiniâtreté, son obstination, le fruit de recherches aussi complexes sur le papier (à partir des données connues dans de nombreux domaines comme la géologie, la météo hypogée ou la karstologie, de tous les relevés et études effectués pendant des mois, des années, les analyses des investigations précédentes, leurs recoupements, etc.), que des efforts fournis sur le terrain (préparation logistique adaptée, organisation quasi militaire des actions, exploration des moindres anfractuosités, escalades et descentes de puits innombrables, mesures et relevés topographiques les plus précis possibles, avancée parfaitement maîtrisée tant du point de vue sécuritaire que de celui du respect et de la protection de l’environnement) …

Dans le puits qui va devenir un passage clé après des heures de progression sécurisée par un balisage adapté et les relevés topographiques correspondants : chacun à son poste avec des objectifs et un rôle bien définis, le mien se limitant à mes relevés de notes, l’enregistrement de tout ce que nous faisons, et une aide circonstanciée selon les nécessités des un ou des autres … (Photo Alain MARC)

Et puis c’est le moment inoubliable où ils ont la gentillesse de me laisser passer devant . C’est une chose très rare en exploration, particulièrement en spéléologie : offrir cette émotion à un « invité » doit être souligné comme la marque d’une grande estime, d’une franche amitié, d’une réelle confiance, ce qui prouve que les caractères les plus forts sont porteurs d’authentiques valeurs, éloignées de l’esprit critique qui pourrait animer ceux qui ne les connaissent pas .

J’en remercie très sincèrement Roland et mes camarades car ce qu’ils m’ont offert là, ce qu’ils ont donné pour mon carnet d’aventures, ce qu’ils vous ont légué à travers lui est bien plus beau, bien plus fort qu’un moment de mémoire arraché à l’inexorable marche du temps : c’est une rencontre symbolique avec la « terre mère », avec cette tutélaire déesse qui nourrit notre inconscient dans toutes les civilisations depuis l’aube de l’humanité .  

Phénomène étrange que le remplissage des micro fissures dans les profondeurs d’un gour : au fur et à mesure où l’eau envahit le socle de la vasque stalagmitique, l‘air s’échappe tout doucement bulle après bulle … (Vidéo Alain MARC)

Roland ressent exactement la même chose depuis des années, nous l'avons souvent évoqué ensemble : ce rendez-vous avec la « Grande Déesse » des mythologies nordiques, la déesse Terre, Wicca, Pachacamac du Pérou, Eko Eko des basques, Gê ou Gaia en Grèce, représente symboliquement pour nous une confrontation avec le principe de vie et d'amour qui unit toutes les formes de vie .

Si vous en avez perdu le lien intime, si cette évocation ne vous dit plus rien, vous laisse parfaitement insensibles, c’est que notre culture matérialiste et sans âme nous a coupée de nos racines les plus profondes, celles qui donnent un sens véritable à notre existence ici-bas .

Voilà à présent mon impression en entrant pour la première fois dans ces pénombres où jamais un être humain n’est venu : l’indescriptible émotion d’être en résonance avec les sources magiques qui, dès les premiers balbutiements de l’art aux temps des plus anciennes civilisations, donnèrent naissance à la Vénus de Willendorf !

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Période de récupération pour moi sur un ressaut presque 10 heures plus tard, en attente de l’équipe de pointe partie reconnaître l’amont des nouvelles galeries, bien enveloppé dans ma couverture de survie : j’ai laissé beaucoup d’énergie dans les passages précédents, (encombré que je suis par mon équipement d’enregistrement dont les différents câbles de liaison ne cessent de s’accrocher dans les étroitures), incapable de faire la moindre aquarelle, (mais je me repose avec la ferme intention de bien me rattraper plus tard) .

Peut-être aussi le désir inconscient de rester seul, frontales éteintes dans le silence et le noir absolus, blotti à même la glaise au creux des millénaires, à retrouver par pensée dans cette parenthèse du temps, tous les êtres aimés trop vite disparus dont certains particulièrement, auraient aimés être là ... (Cette photo au retour de mes camarades est de Roland PELISSIER)

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Étincelants de mille éclats, ces cristaux d’aragonite aux tiges colorées paraissent tout droit sortis d’un décor de Noël : ce n’est qu’un exemple parmi d’autres des trésors féeriques qui nous attendaient dans la jonction effectuée cette semaine … (Photo Alain MARC)

Nous revenons fourbus mais émerveillés de ce voyage en dehors du temps .

Il reste de cette belle aventure la jonction réussie entre deux importantes parties du gouffre comme le prévoyait Roland, et des souvenirs plein les yeux et le cœur, dans lesquels l’incroyable beauté des nouvelles concrétions découvertes qui s’illuminent dans notre mémoire comme une vitrine de Noël .

J’y joins à votre intention cette note aquarellée dont je sais bien quel en est le prix, et dont j’espère qu’elle trouvera sa place avec le plus de bonheur possible au sein de mon carnet d’aventures dans les profondeurs de l’Aven Noir …

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Je choisis pour vous ces notes aquarellées décrivant des formations pédonculées d’argile, accrochées à la paroi : la beauté de leur aspect évoquant de vieux cuirs, leurs chaudes couleurs, leur superposition en cloches aux formes de noisette, de méduse ou d’amande, la ronde de cristaux d'une blancheur éclatante accrochée à leur base font de cette paroi un décor en nid d’abeilles qui n’a rien à envier aux plus beaux stucs du palais de l’Alhambra ! (Croquis aquarellé Alain MARC)

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10 octobre 2007 3 10 /10 /octobre /2007 19:12

Spéléologie : adorables pyrrhocorax ! (suite)

 

Voici la fin des pages de ce 16 décembre 2006 extraite de mon carnet de l’Aven Noir :

«16 h 15 : comme nous le faisons le plus souvent possible pour ne pas déranger les craves, nous sortons de l’Aven en plein jour, au moment où la colonie est occupée à chercher sa nourriture (petits invertébrés terrestres, insectes et larves, et parfois en cette saison graines et baies) sur les terrasses, les landes et garrigues des environs .

Jean-Louis et Josiane sont venus nous rejoindre à la sortie du gouffre pour nous prêter main forte : nous devons poursuivre notre parcours souterrain par une prospection de surface, en quête d’avens et fissures secondaires pouvant communiquer avec les réseaux de l’Aven Noir .

Le vent d’autan bien que faible s’est relevé, apportant des bouffées odorantes de buis, montant des fruticées .

À 16 h 45 nous sommes en bas des gorges du Trévezel et engageons la montée vers le parking où nous attendent les voitures, car nous avons décidé de contourner la pente pour effectuer notre recherche, afin de ne pas troubler davantage la faune locale qui même si nous ne la voyons pas, doit depuis longtemps nous avoir repérés .

C’est à ce moment-là que j’entends le cri joyeux des craves .

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L’avant-garde de la petite colonie de craves à bec rouge s’est lancée dans une vertigineuse et acrobatique plongée … (Photo Alain MARC)

Ils étaient perchés en haut de l’éperon du Carla, sur la plus haute falaise en rive gauche du ravin de Long-Bédel . De cet observatoire privilégié ils dominaient tout le ravin et l’entrée de l’aven située juste à côté . Ils ont vu que nous n’étions plus à proximité de leur habitat, et, à la suite de l’oiseau dominant qui a donné le signal, ils plongent tous dans le vide en un ballet vertigineux extrêmement gracieux, en battant vigoureusement des ailes pour accélérer leur chute, et soudain se redressent face au vent en faisant pivoter leur queue, ailes déployées dont on voit les rémiges primaires largement écartées . Ils entament alors dans l’ascendance de pente une spectaculaire et tourbillonnante remontée jusqu’au dessus de l’entrée de l’Aven Noir, se déportant sur le côté de virage serré en virage serré, puis, après un extraordinaire et acrobatique looping au ras des falaises dolomitiques, ils piquent ailes resserrées tous ensemble vers la pente, pour disparaître en moins de trois secondes dans le puits du gouffre que nous ne pouvons percevoir d’ici . On dirait qu’ils se sont évanouis dans les éboulis broussailleux par un incroyable tour de magie . Je suis ébahi par autant de virtuosité, et reste longtemps les yeux rivés sur ce point du Causse Noir où ils ont disparus, leurs gracieuses et agiles acrobaties imprimées dans ma mémoire comme la plus légère des images rémanentes … »

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Relevé du vol des craves à bec rouge sur le carnet de l’Aven Noir, ce 16 décembre 2006 à 17 h (Croquis Alain MARC)  

Un dernier enregistrement sonore : celui de ces craves joyeux virevoltant dans les courants aériens … (Enregistrement Alain MARC)

À présent l’Aven Noir est lugubre, triste et silencieux . Espérons de tout cœur que nous connaîtrons la raison de l’hécatombe qui a dispersé leur colonie sur les éboulis stalagmitiques de la grande salle d’entrée .

Je vous ferai part des nouvelles concernant ce mystère au fur et à mesure des informations qui me parviendront, car ce n’est pas seulement parce que nous avions appris à aimer ces oiseaux attachants que nous sommes touchés, mais surtout parce que leur espèce en voie de disparition très rapide est particulièrement vulnérable .

Parmi les plus lourdes menaces qui pèsent sur eux, viennent en priorité la régression de leur nourriture : la modernisation de l’élevage dans les Grands Causses entraîne une régression de leur zone d’alimentation liée au déclin du pastoralisme traditionnel (il y a de moins en moins de pastoralisme de parcours), ce qui entraîne une modification des pâturages où les insectes accompagnant les troupeaux et dont-ils se nourrissaient, finissent par se raréfier considérablement .

Alors espérons que quelques couples de craves sont rescapés de l’hécatombe de l’Aven Noir et qu’on les verra dans nos prochaines descente au fond du gouffre reprendre possession de la territoire de prédilection …

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3 octobre 2007 3 03 /10 /octobre /2007 07:57

Spéléologie : adorables pyrrhocorax !

J’ai aujourd’hui décidé de vous ouvrir l’une des pages de mon carnet d’aventures de l’Aven Noir consacrée à la colonie des petits craves à bec rouge qui nichaient dans le puits et la voûte de l’immense salle d’entrée de cet aven (nommée par Louis BALSAN, premier spéléologue venu en ces lieux, « Fosse aux Ours »), avant qu’ils ne soient décimés par on ne sait encore quelle cause mystérieuse .

Vous verrez à quel point l’implication « carnettiste » peut être passionnante et utile pour témoigner et se rapprocher au plus près du vivant lorsqu’elle est accomplie avec rigueur, patience, respect et attention, ce qui n’exclut en rien l’enthousiasme pour qui veut bien se donner la peine d’un minimum d’organisation réfléchie .

Combien la pratique des annotations, du croquis et de l’aquarelle basés sur l’observation, peuvent s’avérer passionnants dès qu’on dépasse leur cadre simplement ludique, si exaltant déjà en lui-même !

C’est d’ailleurs l’un des plus importants engagements du peintre voyageur, du carnettiste ou du dessinateur observateur que de témoigner avec éveil et sensibilité autant que de curiosité, d’esprit d’humanisme et d’amour pour tout ce qu’il va relater ou exalter à travers ses travaux, particulièrement lorsqu’il s’agit d’une approche intimiste de la nature et de la condition humaine, je vous renvoie pour bien comprendre ce que j’en pense aux premiers articles parus ici, concernant ce sujet  .

Mais revenons aux « Pyrrhocorax pyrrhocorax » (nom latin des craves à bec rouge) puisque c’est de ces sympathiques oiseaux dont je vous parle aujourd’hui …

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Le crave tel que je l’ai dessiné pour mon carnet de l’Aven Noir : un bel oiseau de la taille d’un pigeon, aux pattes et au long bec recourbé d’un rouge assez profond (plus jaune orangé chez les jeunes), au plumage d’un bleu noir brillant avec des reflets verts sur les ailes . La femelle et le male ont le même aspect .

… J’aime beaucoup les planches naturalistes anciennes, et je n’ai pu résister au plaisir d’en réaliser quelques-unes dans mon carnet ! (Aquarelle Alain MARC « Carnet de l’Aven Noir »)

Bien qu’ils soient particulièrement bruyants, criant joyeusement la plupart du temps autant en vol que perchés à proximité de leur territoire de nidification, je les avais à peine remarqués lors de ma première découverte de l’Aven Noir il y a un an .

Cependant, au fil de nos allées et venues vers le gouffre, de nos descentes et remontées dans la grande salle souterraine où se trouve leur habitat, j’ai appris à les connaître et à les aimer, et on aurait dit qu’ils s’accoutumaient à nos passages, que nous maintenions volontairement les plus discrets, rapides et silencieux possibles afin de ne pas les déranger .

Ils nous le rendaient bien . Parfois, alors que nous équipions silencieusement la vire surplombant le vertigineux puits d’entrée, l’un d’entre eux se posait tout à côté de nous, sur la branche d’un arbrisseau suspendu à la paroi, ou même plus près encore sur l’une des margelles de la roche déchiquetée, et il nous regardait en penchant la tête, son œil vif brillant au soleil matinal, pétillant de toute la curiosité du monde, comme s’il estimait que nous n’étions pas des prédateurs !

Il plongeait ensuite dans la blafarde pénombre de la Fosse aux Ours, et disparaissait d’un coup d’ailes comme par magie …

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Sur une vire surplombant le gouffre, un joli crave à bec rouge s’est posé tout près de nous pour venir nous épier : - qui a dit ces oiseaux farouches et peureux pour qui sait se fondre dans leur environnement naturel ? (Photo Alain MARC)

Je les ai beaucoup observés pour les dessiner, (généralement aux jumelles), et ai tenté de les enregistrer et de les photographier avec plus ou moins de succès, (car toujours de loin, bien caché, avec un « micro canon » et au téléobjectif) .

Extrait de mon carnet à la date du 16 décembre 2006 :

« Ambiance de contes de fées, de départ pour un voyage hors du temps … En montant sur l’adret du Causse Noir la température s’élève doucement . Je trouve sur le bord du sentier un petit champignon à lamelles fines comme ceux que j’avais vus en novembre, ce qui prouve qu’il n’a pas encore gelé ici . Plus haut ce sont des pierres de calcaire jonchant le sentier et contenant des inclusions d’oxyde rouge qui m’intriguent : on dirait des traces de peinture tombées par hasard sur la roche blanche . J’en remarque de nombreuses variantes tout au long du sentier .

À peine arrivés à proximité de l’orifice de l’Aven qu’un crave à bec rouge vient tournoyer en criant au dessus de nous . C’est la vigie : il avertit de notre présence la communauté de ses congénères, sans doute postés sur les vires des falaises non loin de là . Nous ne resterons pas longtemps ici pour ne pas les importuner . Ces oiseaux sont particulièrement attachants et paraissent doués d’une organisation sociale parfaite qui nous laissent admiratifs …

Nous avons remarqué qu’ils ont un comportement grégaire avec une sorte de hiérarchie, dans laquelle un ou plusieurs oiseaux dominants jouent un rôle important, tant pour protéger le groupe (surveillance, intimidation en cas de présence d’un prédateur près de la zone d’habitat par d’impressionnantes parades aériennes) que pour le guider (recherche des lieux d’alimentation et « encadrement» de la colonie pendant la nourriture, déclanchement et conduite des phases de vol), avec semble-t-il une grande fidélité et une très forte solidarité dans les couples, dont les jeunes de l’année peuvent aider les parents à nourrir les oisillons de la couvée suivante .

Nous philosophons en faisant des comparaisons entre ces volatiles et nos propres sociétés, je n’insiste pas sur ce que nous en déduisons !

Nous voici au bout du sentier .

Le puits de l’entrée paraît toujours aussi gigantesque vu du bord . Aucune idée des proportions exactes depuis ce surplomb tant le fond tourmenté paraît avec ses blocs et ses stalactites brisées, chaotique et abstrait .

Installation rapide de la corde de descente par Roland .

Descente vertigineuse dans cette espèce de cathédrale circulaire . La lumière elle-même est irréelle, bleutée, paraissant se diffuser de l’immense oculaire de la voûte comme si elle passait dans la nef par le mystique kaléidoscope d’une rosace . »

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Vu du fond, la voûte de la Fosse aux Ours où nichent les craves à bec rouge paraît inaccessible et intemporelle, comme suspendue dans l’espace, à peine visible à travers l’irréelle et aveuglante lumière du puits d’entrée . La corde de descente n’est plus qu’un fil d’Ariane absorbé par cette blanche incandescence qui relie le monde d’en haut à celui des profondeurs . La taille de Roland au centre de la photo donne une idée de l’échelle . Le crave à bec rouge était résident permanent de ce fantastique habitat, et inséparable de l’entité « Aven Noir », à laquelle il apportait une âme gaie, vivante et sonore qui a enchanté chacun de nos passages . (Photo Alain MARC) 

                                      
Ce court enregistrement sonore, (malgré sa mauvaise qualité car réalisé dans l’urgence de notre progression) illustre bien la véritable musicalité qui envahissait la Fosse aux Ours lors de notre passage : de longs cris vibrants se répercutant sur les parois dans un écho à l’étonnant chromatisme !

Une cavatine inséparable des bruits de l’Aven Noir, qui nous émerveillait autant qu’elle nous enchantait parce qu’elle nous renvoyait à la dimension à la fois vaste et intime de l’ancestrale forêt que nous portons en nous, comme si nous entendions au plus profond de nous-mêmes sourdre la lointaine imprégnation venue du fond des âges d’un espace prodigieux et sans limites . (Enregistrement Alain MARC)

Ici, tendez bien l’oreille, écoutez et réécoutez l’enregistrement, (qui, bien qu’il soit d’aussi médiocre qualité), nous plonge dans un rêve éveillé à l’incomparable musicalité : au milieu des parasites sonores (où se mêlent le bruit du vent dans la chênaie buissonnante et autres végétaux du matorral, car j’étais loin avec le micro canon pour ne pas déranger les nichées à ce moment décisif de leur existence), vous allez percevoir l’appel des petits craves au nid . On entend un grand nombre de piaillements, ce qui veut dire que les nids sont nombreux dans les crevasses de la roche, ou plutôt que les jeunes réfugiés dans des caches individuelles situées autour du nid sont à l’affût du retour de leurs parents qui les nourrissent en régurgitant leur nourriture .

Amplifiée par la caverne qui fait office de caisse de résonance, j’éprouve un vrai bonheur à vous offrir (malgré les difficultés d'enregistrement) cette acoustique poésie qui induit une émotion neuve, parcourue du frisson de la première enfance, comme si la voûte toute entière de la Fosse aux Ours était devenue cachette de la vie ailée, invisible à la face du ciel, profondément enracinée dans les entrailles rassurantes de la terre, avec la certitude d’une cosmicité faisant d’elle en nous identifiant aux oisillons, le centre de l’univers .

Vous comprendrez ainsi mieux pourquoi entrant dans ma mémoire sonore, la perception de ces bruits intimes et rares de l’Aven Noir impliquent des prolongements dont les résonances, bien qu’intraduisibles picturalement, sont indissociables de mon travail sur ce sujet . (Enregistrement Alain MARC)

Suite dans le prochain article …

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