Aquarelliste et peintre voyageur - En peinture, l'art de l'aquarelle est un mode d'expression qui va des carnets de voyages à la création de tableaux : en voici les différentes facettes inspiratrices, techniques et créatives selon Alain MARC ...
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-  Les stages "aquarelle" dans l'Hexagone sont ouverts aux débutants et aux pratiquants déjà confirmés souhaitant se perfectionner : ils ont pour but d'apporter efficacité et aisance d'expression à l'aquarelliste de terrain.
- Les stages "carnets de voyages" sont une véritable immersion dans la pratique du carnet de voyage et de l'aquarelle sur le terrain, orientés "autonomie" ils sont ouverts aux stagiaires ayant assez de pratique pour en profiter pleinement . De la Provence au Jura Oriental, du Portugal, à l'INDE DU SUD, ce sont quelques destinations où vous pourrez aller en 2016...

- Tous les stages sont différents, n'hésitez pas à m'en demander les informations par courriel (voir plus haut) .

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Alors découvrez le nouveau site d'Alain MARC :

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Extraits vidéo d'Aquarelle en Voyage :

Pour me retrouver sur HOUZZ :

Alain MARC Artiste peintre in GAGES, FR sur Houzz

 

https://alain-marc.fr/

 

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Andalousies

«Andalousie, la Route d’Alain MARC», carnet de voyage de Pierre NAVA
Découvrez article après article en cliquant sur les vignettes ci-dessous le carnet spontané de Pierre m’accompagnant en Andalousie, et les «Petites Histoires vidéo» qu’il m’a inspirées :

La-Barca-1b-Pierre-Nava.jpg

Préambule

La Barca 2a Pierre Nava

L'étape de Peniscola

Andalousie b Pierre Nava

Sur la route de l'Andalousie...

Moulin-b Pierre-San Jose 2

Au Cabo de Gata

Bateau Pierre Isleta 3b

La Isleta del Moro

Huebro Pierre vignette

Huebro, la montagne enchantée

Pierre-Nava-Guadix-4-copie-1

Guadix, les maisons troglodytiques

Rio Fardès

Le rio Fardés

Équipiers-équipières aquarelle

 

- Vous aimeriez partager vos bons moments d'aquarelle lorsque vous partez peindre dans votre ville ou votre quartier ? - vous aimeriez aller peindre avec d'autres artistes motivés comme vous lorsque vous voyagez ?
Alors cet espace est fait pour vous uniquement si vous êtes amateurs souhaitant vous retrouver entre-vous (je réfléchis pour l'avenir à une autre rubrique possible s'adressant aux professionnels ou semi-professionnels) : - si vous êtes amateur donc,  et voulez entrer dans ce module transmettez-moi votre prénom (ou un pseudonyme et lieu de résidence) je les rajouterai ci-dessous en établissant un lien anonyme avec votre e-mail, et vous pourrez ainsi trouver des coéquipiers  (ères) de peinture plus facilement . Il suffira de cliquer dessus pour vous écrire un e-mail !


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 Christine

10 décembre 2005 6 10 /12 /décembre /2005 00:16

 

 

Rosace de la cathédrale de Rodez

Leurs carnets de voyages, ce sont les cathédrales …

Ils sont tailleurs de pierres, charpentiers, serruriers et des dizaines d’autres métiers .

Leur « Tour de France » est devenu pour beaucoup d’entre eux un « Tour d’Europe », et pour certains un « Tour du monde » .

Ils voyagent pour se perfectionner, pour se dépasser . Dans leur profession et dans leur être .

Ils participent à la restauration des plus beaux chefs-d’œuvres que l’humanité nous a transmis et à l’édification de ceux qui deviendront demain les grandes références de notre civilisation à travers la transformation et la maîtrise de la matière première qui les unit (pierre, bois, métal …) .

En progressant dans la culture de leur métier ils se transforment eux-mêmes, (tel le plomb d’une mystérieuse pierre philosophale qui deviendrait « or » une fois le but atteint), afin de transmettre à leur tour leur savoir et leur richesse intérieure aux nouveaux venus sur le chemin . Ce sont les Compagnons du Devoir, pour lesquels j’ai le privilège et l’honneur d’intervenir en dessin d’art .

 

 « Porte médiévale à Sienne »

Lavis à l’encre de Chine, exercice appartenant à l’un des modules du cours de dessin « à main levée » de la formation des Compagnons du Devoir, cette semaine à Rodez . Le lavis à l’encre de Chine (avec rehauts à la plume), beaucoup plus difficile que le lavis à l’encre délébile ne permet aucun repentir . Celui-ci a été réalisé en salle à partir d’une diapositive, mais les séances sur le motif se sont aussi succédées à l’extérieur et dans différents bâtiments en cours de restauration malgré le froid …

 

Toute la semaine nous avons travaillé sur la connaissance et l’application pratique des procédés qui doivent les amener à la recherche de l’excellence dans ce domaine également : construction juste et harmonieuse, maîtrise des différentes perspectives, étude des meilleurs rendus de la matière, de la lumière, application correcte des principaux moyens d’expression utilisables facilement en chantier ou atelier pour mettre en valeur un projet, un devis, un travail établi .

Travail sur le motif en cours de dessin dans les travées de la cathédrale : étude en perspective frontale des alignements et des écarts de construction .

Les Compagnons ne sont pas un archaïsme : ils sont au contraire à la pointe du progrès, et s’ils ont une entière connaissance des secrets de métiers venus du fond des âges, ils maîtrisent parfaitement les outils contemporains de la plus haute technologie du rayon laser à l’informatique, pourvu que ceux-ci répondent aux critères essentiels de servir une tradition qui unit l’esprit à la main, dans ce que l’être humain a conçu de meilleur pour l'épanouissement de l’individu à travers son métier .

Les valeurs qu’ils transmettent dépassent le cadre des seules valeurs professionnelles, même si celles-ci sont très poussées ; le Compagnon est un homme ou une femme (trois jeunes femmes « tailleurs de pierres » faisaient partie de notre groupe de dessin pendant cette semaine) libre, cultivé (e), équilibré (e), qui ne cesse de s’élever matériellement, socialement, moralement . Il cultive des différences qui donnent à sa communauté une éthique et une dimension spirituelle, et à chaque individu une singularité qui libèrent ses qualités et lui permettent de s’affirmer et de s’accomplir avec son caractère propre .

Dessin des élément de balustre sur le motif à la cathédrale de Rodez .

" Élément de balustre" dessin à main levée réalisé sur le motif à la cathédrale de Rodez par Antoine, aspirant tailleur de pierres .

Le « Chef d’oeuvre » existe toujours . Il est non seulement la preuve de connaissances, d’un savoir faire, d’une maîtrise et de compétences particulières, mais aussi le symbole d’un engagement de vie, qui tournée vers la paix, le travail et l’étude, va se mettre au service des autres à travers la prise en charge et la formation des jeunes générations : - n’est-il pas plus belle vocation que de transmettre un savoir, une culture, des valeurs qui sont au service de l’élévation et de l’élargissement de la conscience humaine ?

Cours de dessin en salle : étude de l’arrière d’une voussure .

Il existe à Rodez un important centre de formation des Compagnons du Devoir tourné vers l’étude des métiers de la pierre . Des jeunes et moins jeunes y passent en préparant des CAP, BEP, et de nombreuses spécialisations .

Si vous découvrez un jour sur une pierre taillée dans la visite d’un ouvrage de l’art, ou d’une cathédrale une marque de Compagnon, sachez que vous êtes en face d’une part quasi indestructible de son carnet de voyage …

J’ai appris assez jeune chez les Compagnons, beaucoup de choses essentielles : l’obligation du temps, de l’adaptabilité, de la mobilité, de la constance et de la persévérance, la patience, la ténacité, l’acceptation des épreuves, la nécessité de la connaissance, la projection dans l’objectif, le respect des valeurs élevées de la tradition, la notion de progression, l’importance d’élargir son travail à une dimension d’humanisme et de spiritualité, et surtout celle du devoir de transmettre son savoir et ses connaissances, avec conscience et responsabilité .

Ce sont là les principales nouvelles leçons d’approche globale du carnet de voyage, que tout carnettiste dans cette forme de démarche devrait adopter .

Si vous voulez en savoir davantage sur les Compagnons, il existe aujourd’hui trois associations :

L’Association Ouvrière des Compagnons du Devoir et du Tour de France http://www.compagnons-du-devoir.com/

La Fédération Compagnonnique des métiers du bâtiment http://www.compagnons.org/

L’Union Compagnonnique des Devoirs Unis http://www.lecompagnonnage.com/

 Dessin sur le motif en extérieur d’une sculpture de Denys Puech et d’éléments architecturaux, (dans le froid vif du matin, sans appui ni possibilité de s’asseoir) …

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6 décembre 2005 2 06 /12 /décembre /2005 18:14

«Porte de La Jane», Jean MARC, petite aquarelle représentant la porte d’entrée de la dernière enceinte de village de Cordes, côté Nord, en dessous l’église .

1958 : papa venait donc d’installer son atelier à Cordes-Sur-Ciel, magnifique petite cité médiévale à quelques kilomètres de la propriété familiale, (je raconterai plus tard l’extraordinaire aventure de ce déplacement qui allait changer son existence) .

«Fontaine de la Rue Chaude» Jean MARC, petite aquarelle d'une fontaine située dans une des plus agréables rues de Cordes à cause des jardins suspendus qui la dominent, côté sud.

Ce village, l’un des plus beaux de France, avait vu passer et séjourner nombre d’artistes et de penseurs célèbres de l’après guerre, et certains d’entre eux comme Yves Brayer ou Albert Camus, y revenaient encore pour se ressourcer loin des mondanités parisiennes .

Stimulé par les belles aquarelles qu’en ramenait mon père, je décidais que j’y réaliserais mon premier carnet de voyage .

Aussitôt dit, je me mis en chantier, parcourant les ruelles, interrogeant les habitants, dessinant portes fortifiées, maisons, tours et tourelles, photographiant le village sous toutes ses facettes, établissant des plans, accompagnant les archéologues qui fouillaient le fameux puits de la halle (accroché au bout d’un frêle câble d’acier qui nous descendait à plus de 100 m de profondeur), "décortiquant" les études de Charles Portal, (historien local fervent défenseur de son village et du patrimoine occitan), écrivant et illustrant à mon tour ce "Cordes revisité" au fur et à mesure de mes explorations .

Cordes est un village de légendes et de beauté où l’histoire du pays d’Oc plonge de profondes racines … Je n’avais qu’une idée en tête : en découvrir en et raconter la vie secrète qui palpitait sous les merveilleuses façades de grés rose, les pavés millénaires des ruelles, dans les patios et les souterrains de calcaire blond, et même au fond des yeux des chats noirs disparaissant dans les venelles, aussi bien qu’au cœur des gens qui y vivaient .

"Page de texte illustrée", détail d’une page de mon premier carnet de voyage : celle-ci explique l’histoire médiévale de Cordes .

Cette étonnante cité m’inspira tant et si bien, que mon ouvrage avança vite . Les semaines se suivaient sans que je les vois défiler, attendant impatiemment la fin des journées d’écoles pour me replonger dans cette « aventure » passionnante .

J’étais en train de le terminer, lorsque j’entendis à la radio qu’un concours national était lancé pour la jeunesse sous forme de « reportage écrit et dessiné sur son village ou son quartier», organisé par les animatteurs d'une émission qui me captivait et qui avait pour nom « Partons à la découverte » !

"Plan de la cité", page de mon premier carnet de voyage : celle-ci est un plan des fortifications et de la répartition des quartiers médiévaux de Cordes .

Je participais donc avec ce livre unique, illustré et manufacturé avec tant d’enthousiasme et d’amour, ce qui me valut le plaisir pour ma première réalisation de « carnettiste » d’obtenir un magnifique premier prix national, attribué par la Radio Télévision Française, (RTF en abrégé) .

J’avais appris ma deuxième leçon d’approche globale du carnet de voyage : l’âme des êtres et des choses est plus importante que l’apparence qu’ils peuvent en donner, et c’est-ce qu’un carnet de voyage devrait tendre à révéler .

 

 «Rue de la brodeuse», Jean MARC, petite aquarelle représentant la rue d'une maison voisine de celle de mon père, celle de la dernière brodeuse mécanique de Cordes .

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4 décembre 2005 7 04 /12 /décembre /2005 16:34

L’une de mes premières leçons d’enfance était donc que traduire le monde tel qu’on le voit n’est pas suffisant pour en exprimer la réalité, l’authen-ticité, et en permettre la compréhension

Je devais donc me mettre en route, m’interroger sur les problèmes de la perception, explorer des pistes multiples, m’informer sur la démarche et les moyens utilisés par ceux qui y étaient arrivés et travailler, encore travailler !

" Animaux de la basse-cour" Alain MARC, dessin des années 50 / 60, quelques-uns des exercices de mon enfance …

Sous la houlette de mon père, et encore plus celle de son copain Gérard CAPOU, professeur d’arts plastiques et talentueux artiste qui venait en renfort, travailler n’était pas de tout repos …

Avant même de savoir lire j’avais accès à la bibliothèque bien documentée de mes parents, et avec une mère littéraire et un père peintre et sculpteur, les conditions étaient toutes réunies pour entrer dans cet univers fascinant du « voyage créatif » .

De nombreux artiste passaient à la maison, et nous assistions avec mes frères et sœurs à tous ces débats qui n’en finissaient plus sur les batailles d’idées entourant l’effervescence créatrice des années 50/60 .

À sept ans, ma marraine m’acheta ma première encyclopédie pratique de dessin, et tout de suite après mon premier livre d’histoire de l’art préfacé par Georges HUISMAN alors Directeur Général des Beaux-Arts, ouvrage qui avait pour ambition « de mêler le public juvénile à la vie quotidienne de ceux qui furent les plus grands créateurs de tous les temps et de tous les pays » .

Ce livre qui marqua mon enfance, se terminait par Paul GAUGIN, et par ces phrases qui évoquaient sa fuite en pleine révolution de 1848 : « Après avoir parcouru le vaste monde, il partit pour l’océan Pacifique et s’installa dans l’île de Tahiti . C’est là qu’il peignit ses plus belles toiles . »

Ainsi donc parcourir le monde, serait très utile pour créer de fort belles toiles ?

Pourquoi des toiles et pas seulement des dessins qui raconteraient le monde ?

De nombreuses questions se bousculaient dans ma tête …

 

« Portail de L’Horloge », Jean MARC, petite aquarelle représentant une des portes d’entrée les plus typiques du village de Cordes, où mon père venait de s’installer .

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29 novembre 2005 2 29 /11 /novembre /2005 23:25

Je n’avais pas cinq ans, mon père m’apprenait à observer, à écouter, à traduire ce que je voyais, ce que je ressentais, en essayant de comprendre ce qu’il définissait comme une vérité : celle qui se cache sous l’apparence des choses, et que la correspondance du dessin à son caractère le plus marqué, allait révéler à ceux qui le verraient .

Revenons à cette rentrée : en ce temps-là les niveaux étaient mêlés, et on « occupait » les plus petits pendant que les grands apprenaient .

Je fus donc assigné à partager une table avec mes nouveaux petits camarades de rentrée .

"Le départ dans la vie" Alain MARC, aquarelle 9 x 12 cm, années 60 / 70

Ce départ, comme je l'imaginais idyllique ! J’ignorais qu’un arc-en-ciel n’est pas toujours synonyme de beau temps …

La maîtresse distribua crayons de couleurs et cahiers et dit : attendez, je m’occupe des grands et nous allons colorier des canards, des poules et des lapins …

Voulant « bien faire », je me lançais aussitôt dans une grande fresque de poules, de lapins et de canards, remplissant la page du début du cahier avec tout ce que je connaissais des races animales que nous avions à la maison, jouant sur les différences anatomiques, choisissant des poses et des formats variés .

Quand la maîtresse revint auprès de nous, elle portait dans ses mains des tampons de caoutchouc et un magnifique support encreur . Il y avait le tampon de la poule, du lapin et du canard . Elle « tamponna » les cahiers des élèves avant moi, et lorsqu’elle arriva à ma hauteur entra dans une colère effroyable, me traitant d’indiscipliné, de séditieux, d’inepte à l’éducation .

Elle s’empara du cahier dont elle arracha la page qu’elle déchira aussitôt …

Je revins à la maison en larmes, n’osant montrer à mon père cette basse-cour calibrée aux contours d’encre bleue, que je trouvais hideuse et sans vie, sans caractère, sans âme, et dont franchement j’avais honte . Je ne comprenais pas comment un adulte en qui on devait avoir totalement confiance pouvait imposer des images aussi fades, laides, et stéréotypées .

Je venais d’apprendre ma première leçon d’approche globale : traduire le monde tel qu’on le voit n’est pas suffisant pour en traduire la réalité, l’authenticité, et en permettre la compréhension !

 "Les caprices du vent" Alain MARC, aquarelle 9 x 12 cm, années 60 / 70

Il a fallu ensuite composer avec le vent …

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27 novembre 2005 7 27 /11 /novembre /2005 22:14

Du carnet de voyage à la dimension picturale, une histoire qui commence dans l'enfance ...

C’est en fait tout un concept, toute une démarche, que je vais exposer à présent : on peut la résumer en un seul mot : globale .

Elle n’est en rien révolutionnaire, fort ancienne même, il suffit juste de l’adapter au monde qui est le notre pour qu’elle devienne très « contemporaine » .

Lorsque j’ai choisi qu’elle soit la mienne, plutôt par atavisme (mon père peintre et sculpteur produisait des carnets depuis sa plus tendre enfance et mon grand-père maternel tenait le sien dans les tranchées de Verdun lors de la grande guerre qui lui coûta la vie), plutôt par fatalisme (ne sachant faire grand-chose d’autre), je pratiquais déjà cette approche « globale » sans le savoir, un peu comme Monsieur Jourdain sa prose …

Du plus loin que je me souvienne elle était « dictée » par les conseils de mon père, et je me revois dans mes plus chers souvenirs d’enfance assis sur ses genoux, appuyé à la table de la ferme familiale devant la fenêtre grande ouverte au dessus d’un cahier de dessin, un crayon à papier dans la main .

"Ma mère" JEAN MARC, 1937 Huile sur bois 39,5 x 31 cm .  Mon père n'avait 13 ans quand il réalisa ce portrait de ma grand-mère ...

Le monde, le vaste monde était là tout proche, avec ses extraordinaires découvertes, ses mystères et son immensité que j’imaginais incommensurables parce que l’infini commençait au fond du jardin, juste derrière la fenêtre .

Papa me répétait : mais regardes donc, tu n’as rien regardé !

- il est comment le coq perché sur la brouette ?

- et le canard qui est passé : tu as vu, comment tu lui as fait le bec ?

La douce brise de cette fin de journée laissait entrer dans la pièce ouverte sur ce merveilleux ailleurs l’odeur des roses de la pergola, et l’on entendait l’angélus monter de l’église du village depuis l’horizon, tout là-bas à quelques kilomètres de là .

"Alain, 1952" JEAN MARC, 1952 Huile sur toile 38 x 61 cm . J'avais 5 ans à peine, et de grandes boucles blondes ...

Nous étions à la fin de l’été, au moment où un évènement considérable allait bouleverser ma vie de petit enfant : la rentrée scolaire toute proche, ma première rentrée, dont j’ignorais combien elle allait également devenir en ce mois de septembre (sans que j’en sois conscient), mon premier combat pour l’authenticité de l’expression ….

"Le colporteur d'étoiles"

Alain MARC, aquarelle 9 x 12 cm, années 50 ou 60 .

Je ne me souviens plus de la période à laquelle j'avais peint cette aquarelle .

Ce que je sais c'est que je voulais être "colporteur d'étoiles" ...

 

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23 novembre 2005 3 23 /11 /novembre /2005 12:58

6ème Biennale, premières photos, premières impressions …

Comme d’habitude, la foule était au rendez-vous, avec un vendredi peut-être moins fréquenté que pour la session précédente, mais une affluence plus accentuée pour le samedi et le dimanche .

Environ 120 exposants répartis entre le « In » (sur 5 niveaux Maison de la Culture) et le « Off » (sous chapiteau Place des Salins) présentant leurs ouvrages et originaux, de nombreux films et conférences, des débats rencontres, un programme spécial pour les jeunes, 8 prix importants décernés pour les œuvres et auteurs les plus méritoires, des ateliers ouverts gracieusement (sur réservation) au public, une boutique d’objets et publications uniques non éditées (réalisés par les « carnettistes » exposant) et un vaste espace librairie (animé par la Librairie des Volcans) proposant la majorité des carnets actuellement édités - j‘y ai trouvé l‘excellent carnet en italien de Stefano Faravelli sur le Mali -, voilà ce qu’était la biennale, sans oublier les traditionnels lieux conviviaux (café -restauration, dont l‘intéressant Café Lecture Les Augustes) . Invitée d’honneur : la Chine .

Vue d’une partie de l’espace de la Librairie des Volcans (eux ne sont « pas venus pour rien », un succès largement justifié par un choix énorme et judicieux d’ouvrages consacrés aux carnets de voyages ) .

La belle affiche de Christophe Merlin (lauréat du Grand Prix du Carnet de Voyage 2005 avec « Saint-Louis du Sénégal »), donnait le ton de la tendance 2006 : influencée par la BD .

Le dessin et l’aquarelle « classiques » (encres, pigments, etc.), les photos (et photos montages), les collages, dominaient les techniques utilisées, mais l’arrivée de jeunes (un peu moins pour certains) graphistes et illustrateurs talentueux venus de la sphère « bande dessinée », ou la volonté manifeste de la part de quelques « carnettistes » de s’exprimer par ce moyen, marquait d’une empreinte particulière plusieurs stands tels ceux de Johanna (Taiwan, « Née quelque part » Éditions Delcourt) ou de Céline Roussel et Samuel Chardon (« Égypte » Éditions l’Oiseau Porte-plume) .

Croquis aquarellé rapide de visiteurs découvrant les stands .

Une partie de la couverture du livre « Aveyron, Carnet de routes » ( je reviendrai sur la réalisation de ce carnet plus tard ), pour lequel j’étais invité à la Biennale de Clermont-Ferrand, et dont je présentais de nombreux motifs originaux sur le stand .

Pris par les séances de dédicaces (pour mon livre « Aveyron, carnet de routes » - Éditions du Rouergue -), les interviews, l’atelier où j’animais une séance concernant croquis aquarelle et aquarelle rehaussée, ou retenu sur mon stand, (avec des visiteurs avertis, esthètes, compétents, curieux et enthousiastes), je n’ai pas eu le temps de visiter convenablement cette biennale, mais j’ai pu « repérer » d’excellentes choses comme l’ouvrage collectif (« Banlieue nomade » Éditions Alternatives) d’une bande de copains particulièrement doués (es), les nus pleins de sensualité des ouvrages de Lax (« Red Movie », « Ma cavale au Canada », et « Le droit d’azur » aux Éditions Paquet), enfin les carnets d’une rare valeur picturale et plastique de Martine Chantereau (carnet du Yémen) .

Trois visiteurs devant un carnet de voyage, croquis aquarellé .

Á ce sujet (celui de la valeur picturale) il est à noter que le travail des auteurs privilégiant une démarche globale (dont Martine Chantereau, Marc Gontier et Hélène Latte, Michel Montigné, moi-même, etc.,) continue de s’affirmer et résiste aux effets de mode : c’est un constat intéressant et réconfortant, car ce type de démarche est basé sur la continuité des origines du carnet de voyage inspirée d’un incontournable « classicisme », il conviendra d’en suivre l’évolution dans l’avenir …

Parmi les effets émulateurs et stimulants de cette manifestation, il est à noter les échanges qui se produisent souvent entre exposants et visiteurs réalisant des carnets du plus grand intérêt : ceux qui les emmènent avec eux les soumettent parfois à notre modeste critique, nous demandant appréciations et points de vues .

Ils peuvent en être très fiers, et je vais vous parler de l’un d’entre eux qui mériterait d’avoir un jour sa place dans cette biennale : il s’agit de celui de Catherine HERREN, consacré à Marrakech, commencé lors d’un séjour que nous avions faits ensemble là-bas à l’occasion d’un stage .

Visiteuse talentueuse de la biennale : Catherine HERREN et son beau carnet de voyage sur Marrakech . Travail de terrain réalisé lors d’un stage que j’animais dans cette ville au cours de l’automne 2004 et ensuite d’atelier avec collages et matières en techniques mixtes qui viennent renforcer dessins, textes et aquarelles, au format 35 x 50 cm .

Elle avait déjà réalisé un travail énorme sur place, et la mise en forme du carnet en plus grand format et à l’atelier donne un résultat du plus bel effet, avec collages, photos et matières qui viennent en appoint mettre en valeur le texte, les dessins et les aquarelles . Le tout est harmonieux, et les chaudes couleurs du Maroc reflètent bien ce séjour rempli de lumière, d’odeurs et de sonorités empreintes d’exotisme …

 

Une page du carnet de voyage de Catherine HERREN sur Marrakech, consacrée à la boutique de l’herboriste .

Une page du carnet de voyage de Catherine HERREN sur Marrakech, consacrée au souk des teinturiers, lieu de rendez-vous privilégié des peintres et des photographes dans la médina .

En ce qui concerne l’ensemble de la Biennale au niveau des choix thématiques, les voyages et séjours qui constituent la quasi-totalité des carnets édités couvrent maintenant presque tous les pays du globe et quasiment toutes les régions de l’Hexagone et des DOM TOM .

Seule une petite partie des ouvrages parus concerne l’historique et l’étude du phénomène « carnet de voyage » (voir les excellents ouvrages de Farid Abdelouahab : « Ces Merveilleux Carnets de voyages » et « Carnets de Voyages en France » Sélection du Reader’s Digest), la réalisation de ces mêmes carnets, et l’étude d’auteurs peu ou pas connus .

Pour conclure ce regard sur la biennale depuis « l’envers du décor », un petit message personnel à l’intention de Marisa, Pascaline et François qui ont eu la gentillesse de bien vouloir « garder » mon stand lors de mes absences obligées : encore merci !

Enfin bravo à toute l’équipe de l’Association « Il faut aller voir », organisatrice de la manifestation, qui se dépense sans compter pour faire de ce rendez-vous une référence dans le domaine des carnets de voyages .

Voici son site (à visiter absolument) : www.biennale-carnetdevoyage.com

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15 novembre 2005 2 15 /11 /novembre /2005 00:00

Il faut ainsi savoir dessiner et peindre vite (et même très vite) si on veut traduire des émotions, capter des lumières, des mouvements fugitifs et éphémères .

Vite, mais « juste » !

Avoir la justesse du trait, de la couleur, c’est être au plus près de la réalité telle que nous la percevons avec toute notre âme …

J’ai souvent vu mon père saisir des scènes parfois complexes avant même que j’ai moi-même eu le temps de préparer ma palette !

Il peignait directement, sans dessin préalable, faisant simultanément sa couleur sur la palette et le papier en fonction des effets désirés, et tout cela restait vivant, frais, lumineux, à la fois synthétique (souvent à la limite de l’abstraction), et pourtant extrêmement réaliste .

Ce fut un bonheur pour ceux qui ont eu la chance de le voir peindre à l’aquarelle sur le motif, que de découvrir cette sorte de virtuosité du geste qui traduit la vérité de l’instant en quelques secondes, avec autant de justesse .

Quelque fois, lorsqu’il voyageait avec ses amis, se présentait soudain un spectacle « magique » comme nous les attendons tous, (particulièrement dans les contrées lointaines parce qu‘ils paraissent plus rares et plus beaux), un de ces moments à mémoriser à tout jamais .

- Quelle était alors la surprise de ses camarades de voyage quand ils s’apercevaient dépités qu’ils n’avaient pas eu le temps de dégainer leur appareil photographique (les réglages étaient souvent manuels en ce temps-là), alors que mon père avait tout vu, tout noté, tout posé sur le papier avec une authenticité et une simplicité déconcertantes !

"Chamelier au bord du Nil", (vue partielle) Carnet d'Egypte, JEAN MARC mars 1993 Croquis aquarellé sur papier Montval grain fin 300g/m2 . En quelques instants depuis le bateau qui passait ...

"Pluie et soleil sur la cathédrale St Patrick", (vue partielle) Carnet d'amérique du nord, JEAN MARC New-York 1995 . Aquarelle directe sur papier Montval grain fin 300g/m2 . Réalisée en quelques minutes sous la pluie, il a noté sous le motif : "La pluie me gêne..."

 

"La place St Marc sous la pluie" (détail) Carnets d'Italie JEAN MARC Venise 1992 . Aquarelle sur papier Montval grain fin 300g/m2, croquis mine de plomb rehauts stylo bille . Réalisée en quelques minutes sous la pluie .

Naturellement on pense qu’il faut un don inné pour faire cela …

Papa me disait toujours : le secret, le seul, c’est le travail !

Il faut dessiner sans arrêt, avec obstination, en regardant son sujet plus que son travail jusqu’à arriver à « être » le sujet lui-même . Alors tout devient plus facile, …mais combien d’années se sont écoulées depuis le début de la pratique ?

Quand la maîtrise commence à s‘affirmer, on perçoit combien dans l’action picturale l’émotion doit être exclue de la perception, ou plutôt à quel point on doit l’oublier, la « mettre entre parenthèse » en ne conservant d’elle que la sensibilité et l’enthousiasme nécessaires à cette « respiration créative » . L’émotion ne doit en rien perturber le travail du peintre …

"Couple passant, Carnets du Jura Oriental" A. MARC  Aquarelle directe sans dessin préalable sur papier Montval grain fin 300g/m2 . Couleurs utilisées : fonds de palette . Temps total de réalisation : moins de 3 mn .

Savoir dessiner et peindre vite permet de ne pas se laisser dépasser par le déroulement des transformations du sujet, certes .

Mais il faut aussi savoir anticiper les gestes, les regards, les mouvements, les changements de lumière et de forme à venir .

Il faut également être apte à mémoriser dans l’instant la vision qui vient de passer, qui est déjà effacée par la suivante : la retrouver assez claire, pour la replacer dans la trame de l’exécution .

"Nuage d'orage, Carnet de Camargue" A. MARC  Aquarelle directe sans dessin préalable sur papier Montval grain fin 300g/m2 . Couleurs utilisées : fonds de palette . Temps total de réalisation : moins de 2 mn .

Tout cela est au service du naturel, c’est respecter un vécu qui conservera toujours sa force de vie dans le regard de l’observateur futur des œuvres produites .

On s’affranchit ainsi de l’effacement de toute chose par la dévastation du temps, autant que de notre propre amoindrissement .

"Cavaliers et chevaux harnachés, Carnets de Minerve" (détail) A. MARC  Aquarelle directe sans dessin préalable sur papier Montval grain fin 300g/m2 . Couleurs utilisées : jaune indien, terre d'ombre brûlée, bleu outremer clair, alizarine cramoisie . Temps total de réalisation : environ 5 mn .

C’est sauver sous une certaine forme d’« éternisation » ce qui était voué à un anéantissement plus ou moins rapide, inéluctable .

On rend durable ce qui ne l’est pas en nous l’appropriant d’abord, en le transmettant ensuite .

Même si je suis un passionné de photographie, je trouve à l’aquarelle une incontestable supériorité : elle permet d’affirmer dans l’instant l’identité, la personnalité et les différences créatives de son auteur sans autre artifice que son regard et sa main .

Le passage de l’œil au papier est direct, le crayon ou le pinceau n’étant que le prolongement de l’œil et du doigt .

 

"Bernard aux ruines du temple de Château-Bas, Carnet de Provence" (détail) A. MARC  Croquis aquarellé sur papier Montval grain fin 300g/m2 . Couleurs utilisées : jaunes de Naples et auréoline, terre d'ombre brûlée, bleu outremer clair et de cobalt, rose permanent et alizarine cramoisie . Temps total de réalisation : moins de 20 mn .

… En écrivant cela, il me revient en mémoire une belle journée de printemps en Provence, où nous allions peindre une petite chapelle de village ; mon talentueux ami Dominique Armilhon qui avait oublié tout son matériel hormis son papier, trempa alors ses mains dans la boue d’une fontaine toute proche et dessina du bout des doigts sur son bloc d’aquarelle l’adorable vierge à l’enfant située dans une niche au dessus de la porte d’entrée : ce fut la plus belle des aquarelles !

Il est donc essentiel de savoir dessiner et peindre vite et avec peu de moyens .

Mais dans le cadre des carnets de voyage tel que je les conçois, l’expression spontanée fût-elle de la plus grande justesse et de la plus talentueuse vivacité ne suffisent absolument pas, je vais m’en expliquer .

 

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15 novembre 2005 2 15 /11 /novembre /2005 00:00

Esprit d'humanisme .

L’expression spontanée ne serait donc qu’un outil au service du carnet de voyage …

Mais qu’est-ce qu’un carnet de voyage ?

- s’agit-il seulement d’une narration, d’un récit, d’un mémoire s’écrivant au jour le jour, en compte rendu d’évènements, d’émotions, de découvertes ?

- s’agit-il d’un exercice stylistique, d’un acte de mémoire, d’un reportage, d’un carnet intime déguisé, d’un livret de notes écrites, dessinées, assemblées en collages et autres montages d’éléments propres à ce voyage ?

- est-ce un produit de mode, une pratique sociale, culturelle, collective, personnelle, un acte autobiographique quasi narcissique, ou un outil de communication ?

- essentiellement ludique, ou élément de réflexion et d’engagement ?

- est-il statique ou dynamique ?

- facile ou exigeant ?

 Autant de questions auxquelles je vais tenter de répondre, conscient que l’objectivité parfaite n’existe pas, qu’elle est forcément influencée par la subjectivité du témoignage personnel, la sensibilité et l’expérience de chacun .

Un point essentiel domine : c’est sa relation à l’espace, au temps, à autrui et au monde en général, celui qui nous englobe, celui d’où nous sommes issu, celui vers lequel nous allons …

Voici une anecdote : celle du premier « carnet » qui m’a le plus fait voyager .

Je m’en suis procuré quelques pages (hé oui, je n’avais pas les moyens de l’acheter en entier, et celui qui le vendait le découpait à la demande pages par pages, quel crime !) un matin d’été de 1969 au marché aux puces de Pézenas .

Il date du siècle des lumières (entre 1751 et 1772), est signé Diderot, Malesherbes, D’Alembert, Jaucourt, Turgot, etc., (avec la participation restreinte de Montesquieu et Voltaire, le grand Buffon n‘ayant pu rédiger le chapitre « Nature » qu’on lui demandait) .

Vous voyez de quoi je parle : de la formidable, la merveilleuse Encyclopédie qui allait insuffler un vent nouveau aux contemporains de son époque !

"Planche É peronnier" L’Encyclopédie (1762 - 1772), gravure format 28 x 45 cm, Collection Alain MARC

« Un coup d’œil sur l’objet ou sa représentation en dit plus qu’une page de discours » 

« On s’est adressé aux plus habiles ouvriers de Paris et du royaume ; on s’est donné la peine d’aller dans leurs ateliers, de les interroger d’écrire sous leur dictée, de développer leurs pensées, d’en tirer des termes propres à leurs professions, d’en dresser des tables, de les définir … » Diderot, « prospectus » de l’Encyclopédie, 1750 .

« On a pris l’esquisse des machines et des outils . On n’a rien omis de ce qui pouvait les montrer distinctement aux yeux . Dans le cas où une machine mérite des détails par l’importance de son usage et par la multitude de ses parties, on a passé du simple au composé … C’est ainsi qu’on a formé successivement la machine la plus compliquée, sans aucun embarras ni pour l’esprit ni pour les yeux . » D’Alembert « Discours Préliminaire » 1751.

L'Encyclopédie : à travers son extrême diversité elle témoigne des découvertes et connaissances, s’attaque à l’intolérance, tente d’abattre les préjugés pour faire triompher la raison .

 travers son extrême diversité elle témoigne des découvertes et connaissances, s’attaque à l’intolérance, tente d’abattre les préjugés pour faire triompher la raison .

Elle se veut réaliste, pratique, universelle, ouverte à un avenir déclarant sa foi dans les progrès de la civilisation, la connaissance, la richesse humaine et sa faculté d’adaptation, d’écoute, d’ouverture d’esprit, de tolérance, d’humanisme .

- Quel « carnettiste » contemporain ne voudrait-il pas être animé d’un tel esprit ?

"Ouvriers éperonniers" L’Encyclopédie (1762 - 1772), détail 20,5 x 15 cm d’une gravure format 28 x 45 cm, Collection Alain MARC

 Cette planche montre des ouvriers éperonniers au travail . Elle fait partie d’un ensemble de gravures nous permettant d’assister aux différentes étapes de la fabrication des éperons . La description des opérations qui se déroulent nous plonge dans l’univers quotidien de ces artistes - artisans . Par delà le réalisme détaillé des dessins, nous ne pouvons qu’être attirés par la dignité et l’importance du rôle social de ces artisans, de leur valeur humaine et professionnelle, grâce à laquelle chacun a sa place dans la société : cela induit une réflexion d’ordre démocratique, presque révolutionnaire dans le contexte de l’époque où paraît l’Encyclopédie !

J’ai longuement voyagé dans le temps à travers les textes et les planches de l’Encyclopédie, comprenant mieux le propos des philosophes humanistes, leur rôle déterminant dans les nouvelles prises de conscience sur l’éducation, les revendications sociales et humaines, la philosophie naturaliste, la liberté et l’égalité, tout ce qui préfigurait les mouvements d’opinion qui aboutirent aux États Généraux et à la Constituante .

Mais j’ai aussi voyagé dans l ‘ « espace », allant des soieries des Cévennes aux forges de Lorraine, des moulins à vent du Nord aux foires de Provence …

Je venais de découvrir ce qui deviendra pour moi le symbole de la plus intelligente des investigations "carnettistes" : celle qui fait découvrir et  comprendre le monde en le faisant évoluer dans un magnifique élan de tolérance, de liberté et d'ouverture !

Maintenant, je pars à la Biennale des Carnets de Voyages de Clermont-Ferrand où j'ai le plaisir et l'honneur d'être invité : - saurai-je m'y inscrire dans ce point de vue qui est aussi défendu par l'esprit même de cette Biennale ?

 

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11 novembre 2005 5 11 /11 /novembre /2005 00:00

Voyages de par le monde, voyages près de chez soi, voyages intérieurs …

L’aquarelle permet de témoigner des paysages, des rencontres, des émotions éprouvées sur le chemin . Tout est alors à découvrir, ou à redécouvrir même lorsqu’on revient sur nos pas .

Cette approche du monde et de nous-même est une fenêtre ouverte, un passage dans lequel nous pouvons nous glisser pour mieux voir, communiquer, connaître, comprendre …

Le passé nous lègue la production de grands artistes qui sont toujours là, présents à travers leurs œuvres et leurs écrits, pour nous transmettre leur expérience .

"Etude d'une femme d'Alger d'après Delacroix" A. MARC 2004

Etude à l'aquarelle et au crayon graphite 2B 16,5 x 16,5 cm sur papier Canson grain fin 200g/m2d'après un dessin aquarellé de Delacroix réalisé en 1832 lors de son voyage au Maroc .

Il n'y a pas de couleur dominante mais un mélange subtil de teintes chaudes et froides, ou les mélanges optiques et les harmonies de semblables participent au calme et à la volupté se dégageant de cette scène . Mieux que l'observation, des exercices réalisés d'après les croquis et aquarelles de nos grands maîtres sont très utiles à la compréhension de la façon dont ils travaillaient ... Réalisation : croquis aquarellé, peinture à l'aquarelle . Couleurs utilisées : alizarine cramoisie, brun de pérylène, jaunes de Naples et auréoline, terre d'ombre brûlée, bleus outremer clair et de cobalt , vert de Hooker .

Aujourd’hui, grâce à l’édition et Internet, nous pouvons explorer encore davantage le foisonnement de la création, et c’est un bonheur que d’y retrouver des signatures de grande renommée .

Pourtant des créateurs de talent ont été et sont encore ignorés des circuits de la popularité ou même de la simple reconnaissance de leur entourage ; eux aussi apportent, ou disent et transmettent des messages utiles, émouvants et vrais …

"Personnage et cuisinier pendant le ramadan" A. MARC 2004, d'après Bouhaut-Launay

Aquarelle et crayon graphite 2B 17 x 13 cm sur papier Canson grain fin 200g/m2 d'après deux études aquarellées de Bouhaut-Launay réalisées entre1928 et 1931 pendant qu'il était administrateur des Colonies .

Voilà un artiste de grand talent qui est totalement inconnu : c'est une grande injustice, car il a laissé des carnets du plus grand intérêt .  La justesse du traît, la simplicité des couleurs, sont déterminants dans la puissance d'expression réaliste des sujets . Réalisation : croquis aquarellé, peinture à l'aquarelle . Couleurs utilisées : brun de pérylène, jaunes de Naples et indien, terre d'ombre brûlée, bleu outremer clair . Temps total de réalisation : 6 mn pour le personnage, 20 mn pour le cuisinier .

Cependant, nous trouvons toujours dans ce foisonnement la même constante : celle du voyage source de réflexion, d’inspiration, de ressourcement, de création, de témoignage .

Mes propres déplacements lointains ne sont pas très nombreux ni extraordinaires, mais ils deviennent infinis et merveilleux dès l’instant où la pratique de l’aquarelle est en elle-même un voyage qui ne se termine jamais .

 

"Danse de la tribu des M'Goun, Carnets du Maroc" A. MARC 2000

Réalisation : aquarelle directe sans dessin préalable sur papier Montval grain fin 300g/m2 . Couleurs utilisées : jaunes de Naples et indien, terre d'ombre brûlée, bleu outremer clair et de cobalt, rose permanent et rouge de Chine Sennelier .  Temps total de réalisation : environ 18 mn pour le groupe musiciens - danseurs, 7 mn pour la danseuse en haut à droite .

Le seul fait de donner quelques coups de crayon, de préparer une couleur est un voyage, souvent une découverte qui stimule l’imaginaire, nous entraîne dans une autre forme de réalité …

Ce simple constat m’a amené à reconsidérer mon concept des carnets de voyages .

Il ne s’agit plus seulement pour moi d’obéir à des impressions fugitives plus ou moins hâtivement jetées sur le papier, car elles ne donnent qu’une impression de « survol » des sujets abordés . C’est autre chose qui m’intéresse, tout autre chose, dont je vais prochainement vous parler …

 "Géraldine tournant la tête, Carnets du Jura Oriental" A. MARC 1999

Dessin crayon graphite 2B et aquarelle sur papier Montval grain fin 300g/m2 . Réalisation : croquis aquarellé, peinture à l'aquarelle, format H 16 x L 14 cm . Couleurs utilisées : jaunes de Naples, alizarine cramoisie, terre d'ombre brûlée, bleu outremer clair . Temps total de réalisation : environ 7 mn .

Pour l’instant, évoquons l’immédiateté : s’il faut du temps pour voyager en s’imprégnant des nouveaux univers que nous pouvons rencontrer, il faut beaucoup plus de temps encore pour en traduire la perception avec fidélité sans trahir les vérités, les particularités et les valeurs que nous offrent les seules apparences de la réalité . C’est dire s’il faut en donner une vision plus complète, approfondie, authentique que celle d’un regard initial, d’une première impression ou d’un simple « cliché » .

 

"Coin de souk à Essaouira", Carnets du Maroc A. MARC 2004

Aquarelle directe sans dessin préalable, et rehauts graphiques au feutre Pitt Faber Castel pointe F sur papier Montval grain fin 300g/m2 . Réalisation : croquis aquarellé, peinture à l'aquarelle, format H 16 x L 25 cm . Couleurs utilisées : jaunes Indien et de Naples, alizarine cramoisie, terre d'ombre brûlée, bleu de cobalt, vert de Hooker . Temps total de réalisation : environ 12 mn .

Cependant je ne rejette pas la nécessité du témoignage immédiat, du travail réalisé presque instinctivement sous l’exigence de l’instant . Je les préconise même comme exercices de rapidité, d’éducation de l’œil et de la main au service de la spontanéité, de la vivacité, de la précarité et de la beauté du moment . C’est même la nécessaire condition à un résultat traduisant au plus près les manifestations de la vie dans ce qu’elle nous offre de plus fragile, éphémère, passager .

"Chien jouant, Carnets d'Andalousie" A. MARC 1996

Dessin crayon graphite 2B et quarelle sur papier Montval grain fin 300g/m2 . Réalisation : croquis aquarellé, peinture à l'aquarelle, format 10 x 14 cm . Couleurs utilisées : jaunes de Naples, terre d'ombre brûlée, bleu outremer clair . Temps total de réalisation : environ 6 mn .

Sans m’éloigner de mon concept sur lequel je reviendrai, je vais dans un prochain article en développer les procédés .

 

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5 novembre 2005 6 05 /11 /novembre /2005 00:00

J’ai retrouvé des photos d’anciennes aquarelles …

Réalisées il y a près de 25 ans de cela, elles témoignent de choses qui ont disparues ou qui ont énormément changé .

Bien que les photos ne soient pas très bonnes, abîmées par le temps, c’est avec émotion que je les scanne et les archive dans mes fichiers de peinture . Il n’y avait pas d’appareils numériques en ce temps-là, et les moyens de conserver les documents n’étaient pas aussi simples qu’à présent ; par surcroît, je n’avais pas les moyens de réaliser de bonnes photos de mes aquarelles ou de mes toiles, et beaucoup se sont vendues avant que j’ai pu en conserver la moindre reproduction . Quant à celles qui se sont vendues et dont il me reste ces quelques photos, je ne sais pas qui les possède à présent, car, très souvent, les galeries qui les ont vendues ont disparues .

Parfois, j’ai la surprise de recevoir de l’ADAGP, un relevé de ventes aux enchères qui me permet d’en retrouver la trace . Aussi c’est avec émotion que je redécouvre celles que je classe aujourd’hui.

J’y retrouve la foire de la St André à Rodez .

En regardant l’aquarelle, d’autres images, des sons, des odeurs me reviennent comme par enchantement : le vent d’autant soufflait ce jour-là sur le Rouergue, et les panaches de poussière soulevés par les rafales emportaient avec eux des carrée de papiers gras qui flottaient au dessus du foirail avant de retomber au milieu des hommes et des bêtes .

Le vacarme n’était pas celui que l’on découvre aujourd’hui dans les immenses halls de foires aux bestiaux, il y régnait une véritable atmosphère d’euphorie et de gaîté qu’on aime toujours retrouver dans les foires de plein air : aux sonorités toujours renouvelées par le beuglement des taureaux d’Aubrac alignés sur la place, se mêlait le hennissement des chevaux et le brouhaha des voix humaines .

Interpellations entre paysans, conciliabules de maquignons, klaxons de bétaillères, sifflement de l’autan dans les arbres décharnés du jardin du foirail étaient régulièrement entrecoupés par les sonorités lointaines mais pourtant cristallines des cloches de Notre Dame qui trônait au fond de la scène, dans son voile de grès rose à contre-jour sur le ciel blanchâtre et lumineux .

- Que reste-t-il, dans les jeunes mémoires, de la foire de la Saint-André ?

Elles sera toujours vivante pour qui pourra contempler cette aquarelle, même sans savoir que j’avais froid aux doigts, que j’étais bousculé, qu’il me fallait de temps en temps affronter invectives et regards parfois narquois, mais que j’avançais tout de même parce que je trouvais tout simplement cela beau et intéressant, ce matin de fin novembre, dans un hiver ruthénois oublié .

 

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