L'art du carnet de voyage et de l'aquarelle au service du peintre voyageur : ce blog en explique les différentes facettes inspiratrices, techniques et créatives à travers une vie d'aquarelliste . Il vous convie à partir en voyage pictural . C'est donc le journal d'un peintre qui aime découvrir et partager, mais pas seulement ...
Présentation
:
Aquarelliste et peintre voyageur
:
En peinture, l'art de l'aquarelle est un mode d'expression qui va des carnets de voyages à la création de tableaux : en voici les différentes facettes inspiratrices, techniques et créatives selon Alain MARC ...
(pour les tarifs et disponibilités me les demander directement en cliquant ici)
- Les stages "aquarelle" dans l'Hexagone sont ouverts aux débutants et aux pratiquants déjà confirmés souhaitant se perfectionner : ils ont pour but d'apporter efficacité et aisance d'expression à l'aquarelliste de terrain. Nombreux sont les aquarellistes issus de mes stages ou passés s'y perfectionner depuis 4 décennies...
- Les stages"carnets de voyages" sont une véritable immersion dans la pratiquedu carnet de voyage et de l'aquarellesur le terrain, orientés "autonomie" ils sont ouverts aux stagiaires ayant assez de pratique pour en profiter pleinement. De la Provence au Jura Orientalet jusqu'en Andalousie,ce sont quelques destinations où vous pourrez aller en 2024...
- Tous les stages sont différents, n'hésitez pas à m'en demander les informations par courriel (voir plus haut) .
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«Andalousie, la Route d’Alain MARC», carnet de voyage de Pierre NAVA Découvrez article après article en cliquant sur les vignettes ci-dessous le carnet spontané de Pierre m’accompagnant en Andalousie, et les «Petites Histoires vidéo» qu’il m’a inspirées :
Terre de découverte par excellence, le Mato Gosso est le troisième État du Brésil de par sa superficie, immense zone de transition entre Cerrado et Amazonie, l’un
des territoires les moins connus et les plus extraordinaires d’Amérique du Sud .
C’est en plein cœur de ses paysages grandioses et particulièrement sauvages, qu’un couple d’amis est en ce moment en train de vivre une aventure extraordinaire loin
de la médiatisation que devrait normalement susciter une telle épopée .
Si j’utilise ce dernier mot, c’est que cet évènement est le dernier et l’un des plus intéressants épisodes d’une histoire hors du commun commencée il y a 40 ans,
lorsque mon copain Jean PÉRIÉ jeune explorateur, (qui allait bientôt être lauréat de la Fondation de la
Vocation), entrait pour la première fois avec une petite équipe de scientifiques et d’aventuriers, en contact avec les fameux indiens aux «lèvres de bois» .
«Indiens à plateau», dessin pour Jean PÉRIÉ , à la manière des
premiers croquis d’explorateurs .
Voici un extrait de son journal pendant l’expédition de contact avec ces indiens à plateau de la jungle amazonienne du Mato Grosso en 1969 (Manuscrit « Lèvre
de Bois ») :
«... L'attente est chaque jour plus terrible . Doublée d'incertitude, elle mine les nerfs, rend fou. Nous ne savons pas encore quand nous allons les voir, quand
nous découvrirons leur visage avec cette lèvre en plateau qui en fait des êtres étranges. Nous ignorons même si nous parviendrons à les apercevoir ne serait-ce qu'une minute. Nous savons en
revanche avec certitude qu'ils sont anthropophages, que pour eux notre chair est bonne à manger .» .
Vous pourrez retrouver d’autres extraits de ce passionnant récit en cliquant
ici . C’était ainsi le début d’une longue histoire qui se continue donc en ce moment pour Jean PÉRIÉ et son amie Chantal sur la piste des grottes ornées par les lointains ancêtres de ces indiens d’Amérique du Sud, à
travers un tout aussi passionnant périple que celui qui avait conduit Jean sur ces territoires il y a de cela tant d’années .
- Qui ne rêverait pas de ressentirr les fabuleuses émotions qu’ils sont en train de vivre sur place, dont la teneur scientifique, photographique, littéraire et
"vidéographique" a valeur de carnet de voyage à travers leur journal traduisant si bien leurs découvertes actuelles, dans un environnement qui n’a guère changé ?
Leur aventure est d’autant plus méritoire que c’est sans aucune aide ni soutien, et dans une grande indifférence médiatique qu’ils accomplissent sur place un énorme
travail, difficile, souvent dangereux, mais oh combien passionnant ! C’est pour cela que je leur dédie cet article et que je vous invite à les encourager .
Le «canyon des diamants» l’un des plus inaccessibles sites de prospection de Jean, tel que je l’imagine au milieu des brumes après une pluie
tropicale, à partir de ses récits … Aquarelle A. MARC technique dite «humide» .
Je vous invite à accompagner Jean et Chantal sur leur nouveau parcours à travers les étapes les plus importantes de ce cheminement au bout du monde
sur leur blog, qui, après
leur départ de Paris (cliquer sur les mots soulignés) les a directement plongés dans un univers si éloigné du notre, et à leur laisser quelques commentaires, je suis
sur que cela leur fera un immense plaisir :
Pour terminer cet article voici des images inédites extraites des dernières vidéos que Jean, grâce à un cybercafé
perdu, vient de me faire parvenir (ah, que c‘est formidable Internet utilisé comme cela !) .
Ne vous fiez pas à la qualité de ma maladroite compression en «flash» de ces 3 mn de partage hors du commun : à un moment où tout
le monde «a tout vu» et «sait tout», c’est aussi un exemple de volonté et d’humilité sur notre façon d’aller à la rencontre des beautés du monde que nous envoient Jean et Chantal, comme s’ils
voulaient que nous ayons encore plus de bonheur en collant nos billets d’avion à la dernière page de nos carnets de voyage …
Voici la nouvelle rubrique promise, dont je pense qu’elle va beaucoup vous intéresser !... Lisez-là pausément
(même si elle est assez longue) avant de lancer la vidéo, cela vous permettra de bien la comprendre et de mieux l'apprécier .
L’aquarelle de reportage :
Elle est le fruit d’un travail qui même s’il parait rapide et facile sur le terrain, n’en est pas moins approfondi, faisant appel à de nombreux médias et demandant
un minimum de recherche et d’enquête pour s’affirmer pleinement . La mise en ligne d’articles nouveau dans cette rubrique sera moins fréquente que pour celle des carnets de voyages, car
l’aquarelle de reportage et ses investigations demandent qu’un minimum d’éléments soient réunis pour offrir toute leur potentialité .
Mais le résultat débouche toujours sur une expression multiple, où l’aquarelle seule bien qu’étant un élément de l’ensemble, est un élément déterminant, car c’est
autour d’elle (comme dans le carnet de voyage) que vont s’articuler les principales lignes de force dégageant l’identité du reportage et la mise en valeur du sujet dont il est l’objet .
Ce qui différencie l’aquarelle de reportage et son produit global (dont écriture, photos, documents multimédias, etc.) du carnet de voyage, c’est que l’aquarelle de
reportage est assujettie pendant la durée d’un évènement aux trois grandes lois du classicisme dans les principes de la tragédie : unité de temps, de lieu, d’action, principes dont elle est
tributaire, et pour lesquels « l’aquarelliste reporter » pour être plus performant dans sa démarche, doit être préparé .
Elle se double par conséquent de recherche d'informations et d’une enquête préalable de terrain (ce qui n’est pas nécessaire en carnet de voyage, le voyage lui-même
avec ses rencontres et aventures constituant la matière du carnet), permettant de suffisamment connaître l’évènement afin d’être plus « attentif » au moment de s’y confronter, et par la
suite de compléter son investigation pour en finaliser le reportage de la façon la plus élaborée et la plus fidèle possible .
Elle s’implique aussi davantage, en élargissant sa démarche de base à une action dans laquelle elle participe à l’évènement en devenant l'un de ses supports et de
ses prolongements . La boucle est ainsi bouclée, l’artiste devenant objet de son art, ( - la vie elle-même pouvant alors être « art » à son tour … - ) son produit pictural devenant donc
acteur de l'évènement auquel il participe .
Le matériel de peinture de l’aquarelliste de reportage est réduit à sa plus simple expression : il doit contenir sans encombrement
dans les poches du gilet, sans crayon, sans gomme, ni eau . (Photo Alain MARC )
Sur le plan purement technique, l’aquarelle de reportage doit être libérée de toute contrainte d’exécution (accentuation et adaptation
de certains procédés déjà efficaces en carnet de voyage et apparition de nouveaux procédés) : pas ou peu de dessin (celui-ci étant directement réalisé par la mise en forme des couleurs),
adaptation des prises de notes selon le déroulement de l’évènement, maîtrise parfaite de la technique « aquarelle de terrain », des mélanges de couleur, très grande rapidité
d’exécution, disponibilité permanente par rapport au sujet (ce n’est pas lui qui doit s’adapter à nous, mais nous qui devons être capables de « le suivre » quelle qu’en soient les
difficultés), improvisation et mémorisation pour restituer au mieux l’éphémère, matériel très léger et fonctionnel (ce qui fait de l’aquarelle le seul médium « élaboré » offrant autant
de possibilités d’expression, le pinceau à réservoir, la boîte pliable et le gilet de pêcheur avec carnets de peinture dans les poches devenant alors indispensables) .
C’est donc autant dans la forme que dans le fond que cette approche de l'aquarelle se différencie de celle généralement utilisée dans le carnet de voyage (bien qu'elle en emprunte certains
aspects et que son utilisation dans ce cas bénéficie de ses plus performants moyens) ! Sa complémentarité avec les autres formes de support (écrit, photo, multimédia, etc. qui restent quant à eux comparables à ceux du carnet de voyage) en tant qu’outil
d'expansion et de vie propre de l'évènement en question, lui permettant de s'inscrire dans la durée non seulement avec la valeur d'un témoignage, mais resituant ses valeurs et son existence dans
une intemporalité sans distanciation .
Le Pétassou de Trèves :
Pour l’aquarelle de reportage il faut des sujets forts, captivants, hors du commun . Peu importe que
l’évènement soit médiatisé ou pas, très connu ou tout à fait confidentiel … Le choix du Pétassou pour ce qui est du premier article me permettant de lancer
ce concept nouveau « d’aquarelle de reportage » n’est pas anodin : ce personnage est selon Jean-Marie LAMBLARDl’un des archétypes de celui d’Arlequin, Arlequin évocation de la Commedia dell’arte, le mouvement humaniste produit par la renaissance qui donna aux bateleurs et aux artistes dans une dimension tout à fait novatrice, leur véritable droit de cité
…
Ne soyez pas étonnés de me voir avec une minerve à la fin de cette vidéo : elle est le produit d’un monumental vol plané effectué dans les
Gorges du Trévezel !
En ce qui concerne ce clip, (merci à Isabelle qui en me véhiculant m’a permis de le réaliser) c’est pour des raisons d’espace que j’ai dû
compresser en les accélérant légèrement les images d’introduction de cette première vidéo consacrée à l’aquarelle de reportage (la démo de peinture des chevaux et leurs cavaliers) .
Quant à moi, j’espère maintenant que les ondes positives du Pétassou vont m’aider à surmonter la présente passe et à guérir vite de tous les
soucis associés . (Vidéo Alain MARC, la laisser se télécharger avant de la relire)
Dans le cas du Pétassou de Trèves, nous partons à la découverte de l’une des plus anciennes et des plus étranges traditions, qui relève plus de
l’ethnologie que du folklore, car il s’agit d’une tradition bien vivante, toujours inscrite dans notre époque et qui joue un rôle social en véhiculant des valeurs de référence pour toute une
communauté . Un héritage qui, bien qu’il soit liée aux manifestations carnavalesques, demeure une originalité par sa spécificité autant que par le lieu de sa manifestation .
Trèvesest
effectivement un petit village du nord des Cévennes, au fond des Gorges du Trévezel, dont le destin, avant même que le lieu-dit n’existe, puisait déjà ses racines dans les profondeurs de
l’irrationnel par la magie de pratiques sépulcrales néolithiques des plus mystérieuses, en témoignent les vestiges (classés) de la grotte du Pas-de-Joulié dominant (elle n’est pas la seule) le
village . À noter dans ce domaine du monde souterrain, la proximité de l’Aven Noir, ce qui m’amène à vous révéler qu’une partie de cet article est extraite des pages consacrées à Trèves dans
mon carnet d’exploration de ce gouffre (édition à venir de cette exploration menée parRoland
PÉLISSIERet de ses équipes, dont je témoigne dans ce carnet) .
Trèves : le joli pont romain sur le Trévezel, avec en fond le Causse Noir sur les pentes duquel se trouve l‘entrée de l'Aven Noir . (
Aquarelle extraite du Carnet d’exploration de l’Aven du même nom )
Mais la présence du Pétassou en ces lieux ne remonte pas aussi loin …
Trèves viendrait du mot « carrefour » - en latin « trivium » - ici croisée de trois importantes voies de communication .
On y vivait autrefois en autarcie quasi-totale, de différentes cultures, du ramassage des châtaignes et de l’élevage de petit et gros bétail, de volaille, d’apiculture . En parallèle avec ces
activités, un artisanat saisonnier florissant à base de textiles (laine, soie, coton et surtout chanvre), permettait au village de commercer avec l’extérieur, d’affirmer son identité à travers
cette particularité . En atteste mon amiDaniel ANDRÉ, historien et spéléologue, dont certains ancêtres vivaient dans la vallée
du Trévezel, qui me dit : « …il y avait des Canaguiers et un dénommé Canaïer possédait des propriétés dans le secteur de la Baume Saint-Firmin (autre grotte dominant le village
où se serait réfugié ce saint aux débuts du christianisme)il est curieux que ce secteur s'appelle aujourd'hui "causse de Canayères".
Entre "canayères" et "Canabières", il n'y a pas grand chose !
Les champs qui pouvaient produire du chanvre étaient toujours siliceux ; c'est le cas des abords de Canayères » .
C’est dont tout naturellement que la petite communauté s’en remettait à un autre saint et en faisait le saint patron du lieu : Saint Blaise,
évêque arménien martyrisé en 316 dont le corps fut lacéré par des peignes à carder, ce qui en fit le patron des tisserands et des peigneurs de chanvre, ainsi que d’autres métiers dont la
plupart des métiers du textile ; il est aussi le « maître des vents », ce qui est très important dans de nombreuses cultures, particulièrement celle du Languedoc .
LePétassou dans sa première version, tel que je l’ai dessiné pendant sa tournée des fermes de la commune de Trèves .
C’est la spontanéité et le ressenti qui priment dans l’exécution de ce type de travail . (Aquarelle extraite du Carnet d’exploration de l’Aven Noir)
Ainsi, le 3 février, Trèves fête la Saint Blaise : c’est le jour de la fête votive, (on dit en occitan la « voto ») . Nous sommes au
lendemain de la chandeleur, et c’est à cette occasion que sort le « Pétassou », personnage central de mon reportage .
Les origines de sa présence au village restent mystérieuses, (elles seraient associées à l’apparition du carnaval à la fin du
Moyen-Âge et au début de la renaissance), mais j’ai de la part de Régis VALGALLIER, (l’un des habitant de Trèves interrogé pour cette enquête et connaissant
le mieux son village et ses environs), une fort intéressante hypothèse : « Ce serait une famille de tisserands gitans d’Andalousie, la famille TREVES originaire deTrevélez(notez la similitude
des noms et leur force symbolique) le plus haut village d’Espagne dans les Alpujaras de la Sierra Nevada, qui l’aurait amené à Trèves (le village) lorsqu’à l’époque de Charles Quint, elle
vint s’y réfugier » . À cette époque les populations gitanes de la région de Grenade, déjà pourchassées au même titre que les mauresques, s’étaient réfugiées avec elles au lendemain de la
chute de la dynastie nasride (et de la prise de la ville par les catholiques en 1492) dans les contrées les plus reculées des Alpujaras . Hors un décret (dit de Tolède en 1539), signé par
Charles Quint, leur intima l’ordre de se soumettre (ce que certains firent en s’enrôlant dans les troupes de l’empereur d'où le mot « flamenco » - flamand - dans l’argot des
gitans de l’époque, Charles Quint étant d’abord ce souverain qui bien que petit fils d’Isabelle la Catholique venait des Pays Bas), ou de quitter le royaume, ce que firent les andalous réfugiés
à Trèves . Ils y apportèrent leurs coutumes dont celle du Pétassou (car il paraît que le Pétassou est toujours fêté en août dans le village de Trevélez - information en cours de vérification
par mon amieKatia FERSING spécialiste des contes et légendes d’Andalousie - ) .
Régis VALGALLIER a eu la chance et le mérite pour fonder cette hypothèse de recueillir le témoignage d’un descendant direct de cette
famille vivant aujourd’hui en Vendée .
Dans cette version je me suis davantage attaché à traduire du personnage son côté naïf, primitif, révélant sous le bouffon l’ogre débonnaire
et protecteur ... (Aquarelle extraite du Carnet d’exploration de l’Aven Noir)
Le Pétassous est vêtu d’un habit recouvert de centaines de « pétas », chutes de tissus multicolores plutôt longs et étroits comme des
rubans, conservées par les couturières et servant généralement au rapiéçage, cousues les unes au dessus des autres sur une blouse de paysan comme les écailles d’un poisson . Ce costume était
autrefois entretenu par les jeunes du village, qui, après collecte des « pétas » par les garçons célibataires dans les fermes et maisons des environs, (garçons de la tranche d’âge des
conscrits de l’année mais ceux qui avaient contracté mariage étaient exclus) se retrouvaient à la veillée pour préparer avec les filles dans les longues soirées d’hiver, la fête du
Pétassou . Parmi tous ces garçons était désigné la semaine avant la fête celui d’entre eux qui allait porter l’habit et ses attributs (le masque, le balai de genêt et une vessie de
porc remplie d’air et accrochée dans son dos) .
Cette tradition est aujourd’hui relancée grâce à l’association des Ganels, animée par les jeunes du village, qui se réunit deux semaines avant la
fête du Pétassou pour en préparer le déroulement tout en rafistolant son habit .
Le masque change chaque année et nul ne doit reconnaître le Pétassou : celui-ci est porteur des forces surnaturelles venant purifier la communauté
de ses culpabilités (fautes, erreurs et péchés), un être magique sur lequel on va aussi projeter ses vœux les plus secrets !
La vessie de porc gonflée d’air est très importante car c’est elle qui contient les « souffles », les esprits assimilés à l’air, au
vent, véhicule des âmes à naître autant que celui libérant celles des morts portée en soi par chacun, la métaphore du souffle cosmique, celui de la vitalité en cette période de Carnaval qui
marque la fin de l’hiver et l’arrivée du printemps …
Elle est également assimilable aux symboles liés aux « pets » (comme l’ours sortant de son hibernation aux alentours de la chandeleur
qui se purge de diverses façons), symboles d’ailleurs repris sous différents aspects par d’autres bouffons carnavalesques, tels que les « buffétaïres » deLunas .
Au sortir del’hiver, en jouant avec les souffles, Pétassou tente symboliquement de maîtriser
la mort en exaltant la vie et en affirmant son triomphe dans la joie et les facéties . Il est le bon génie du village, sorte d’ogre débonnaire apte à éloigner les maléfices et les mauvais
esprits .
C’est pour cela qu’il va défendre cette vessie accrochée dans son dos de qui s’en approcherait, avec son balai de genêt . On retrouve ici le mythe
carnavalesque du balai fertilisateur, un balai qui lui sert à bien des drôleries comme celle d’effrayer les passants ou les chiens, ou d’arroser l’assistance en le trempant dans la fontaine du
village .
La danse avec le Pétassou . Ici, ayant plus de temps pour travailler, j’ai eu recours pour le dessin au crayon à papier, on se
trouve alors dans la classique problématique des carnets de voyages, qui vient en complément de celle de l’aquarelle de reportage . (Aquarelle extraite du Carnet d’exploration de l’Aven Noir)
. Le rite du Pétassou se déroulait traditionnellement sur trois jours, le dernier d’entre eux, celui où son habit en flammes était précipité du haut du pont de Trèves en
contrebas dans le Trévezel ayant aujourd’hui disparu faute de participants pour en maintenir la tradition .
Mais les deux autres se déroulent toujours avec le même enthousiasme et la même implication de la part des habitants de la localité et des
environs, prouvant ainsi la vitalité de leur jeunesse d’esprit tant au niveau individuel que collectif, ayant su conserver une tradition identitaire apte à regrouper toute une communauté
autour de son mythique personnage tutélaire et fédérateur :
Le premier jour, le samedi, c’est la tournée des fermes pour le droit de quête exercé par les garçons . Les filles, qui ne boivent pas, (ou le
plus sobre des garçons) conduisent la fourgonnette transportant la jeunesses environnante avec le Pétassou (ne portant pas à ce moment-là sa vessie accrochée dans le dos pour des raisons
pratiques) et l’accordéoniste accompagnant la petite troupe de ferme en ferme sur les routes communales . Quelques habitants suivent dans une ou deux voitures tous warnings allumés pour
sécuriser le cortège .
À chaque arrivée dans les fermes, à grands renforts de coups de klaxon et de cornet à piston, au son de l’accordéon qui joue des airs de fête et
du folklore régional, le Pétassou va frapper aux portes, suivi par les filles qui portent la fougasse et un gros couteau pour en couper des parts (on prononce ici « fouasse », c’est
une brioche parfumée à la fleur d’oranger en forme de couronne préparée par le boulanger du village) ainsi que la boîte à offrandes, sorte de grande tirelire destinée à recevoir l’obole de
chaque maître de maison .
La tournée des fermes se continue tard dans le froid piquant de la nuit cévenole … On la termine aux lampes de poche avant de rejoindre le bal
populaire à la salle des fêtes du village . (Photo Alain MARC )
Le Pétassou est toujours attendu avec impatience et accueilli comme un véritable ami . On prend plaisir à danser avec lui, à rire de ses facéties,
et on lui offre ainsi qu’aux différents convives la « goutte » (liqueur familiale et alcoolisée comme le vin de noix, la prune ou l’eau de coing) quand ce ne sont pas toutes les
boissons à la fois d’un copieux apéritif ! Le maître ou la maîtresse de maison est alors invité à découper sa part de fougasse (d’autant plus importante que sa famille est nombreuse), et il ou
elle dépose ensuite dans la boîte à offrande son obole, qui en s’ajoutant à toutes les autres servira à couvrir les frais occasionnés par cette fête .
Les enfants sont parfois amusés parfois apeurés par cet ogre à l’allure sauvage et au comportement inattendu, mais c’est avec ravissement qu’ils
se joignent au cortège pour suivre toute l’équipe dans les fermes voisines …
Quant aux chiens, qu’ils soient de berger ou de garde (ils assument généralement les deux rôles ici), je les ai toujours vu aussi féroces
soient-ils reculer, même en aboyant, certains manifestant une sacré frousse devant le Pétassou !
La tournée se termine parfois tard dans le nuit, tant sont isolées les fermes dans cette région des Cévenne et Grands Causses … Un bal a lieu au
retour du Pétassou dans la salle des fêtes .
La farandole dans les rues de Trèves le dimanche matin : temps fort du rôle social et symbolique du Pétassou . (Aquarelle extraite du Carnet
d’exploration de l’Aven Noir)
Le lendemain, (le dimanche), a lieu le matin la farandole menée par le Pétassou (dont la vessie accrochée dans son dos au niveau de l'omoplate
gauche n’est aujourd'hui plus celle d’un porc mais de son cousin sauvage le sanglier) sur la place et dans les rues du village, avec la tournée des maisons avoisinantes . Elle avait
traditionnellement lieu après la messe, mais il n’y a plus de messe à Trèves ce jour-là, le seul prêtre disponible du secteur officiant à tour de rôle pour plusieurs paroisses .
Les sympathiques restaurants du village proposent en cette occasion pour les repas de midi et du dîner des menus de circonstance souvent
terminés par des « pérals » (fromages de chèvre), du Roquefort et des oreillettes (savoureux gâteaux de pâte fine, craquante et sucrée cuite dans l’huile) .
Danses traditionnelles du dimanche après-midi à la salle des fêtes : moments de partage de toute la population autour d’un évènement ludique
et joyeux . (Croquis extrait du Carnet d’exploration de l’Aven Noir) L’après-midi marque
les retrouvailles de tous les habitants à la salle des fêtes pour assister à un spectacle, un moment de grande convivialité apprécié tant des grands que des petits fascinés par un retour aux
sources avec des danses folkloriques ou des tours de magie .
Enfin, c’est un grand bal qui clôture en soirée ces deux journées de « voto », occasion pour tous les jeunes des environs de se
rencontrer une fois encore autour du Pétassou .
Je tiens pour terminer cet article à remercier toutes les personnes (citées dans le texte) qui m’ont aidées à approfondir mes sources et à
effectuer ce reportage, à commencer par les habitants de Trèves et la dynamique association des Ganels (mot qui a plusieurs significations en occitan mais veut localement dire « les gens
curieux ») qui perpétue la tradition du Pétassou et a entrepris d’animer le village .
Grâce à elle cette très rare mémoire collective continue de vivre dans nos campagnes, et l’esprit du Pétassou ne cesse de
jouer son rôle protecteur et fédérateur, s’inscrivant ainsi dans les plus intéressantes manifestations culturelles du vivant .
J’ai bien besoin moi aussi en ce moment de la protection et de l’aide du Pétassou ... (Photo Isabelle DONDRILLE )
Ecrire un article et le mettre en ligne depuis certains endroits du Vietnam, n’est pas si évident que cela … Je n’avais pas
eu le temps de poster celui-ci depuis Hanoï, et d’ici, depuis les montagnes du nord, c’est même compliqué!
Pourtant je voulais vous faire partager ces instants si particuliers où l’histoire nous fait de nostalgiques clins d’œil,
au cœur du hourvari des grandes villes .
Ainsi en est-il du pont Long Biên anciennement nommé Paul Doumer (du nom du gouverneur général de l'Indochine, Paul Doumer, fervent amateur de transports ferroviaires) à Hanoï.
Voilà un ouvrage qui pur produit de l’Indochine Française du 19ème siècle est devenu au fil du temps l’un des
monuments auxquels les Hanoïens sont le plus attachés .
Il faut dire qu’il permet de relier en franchissant le Fleuve Rouge, la capitale au Nord Vietnam, et, plus loin au Yunnan
le centre et la gare de Hanoï étantt sur la rive droite du Fleuve Rouge, le pont Long Biên permettant à la voie ferrée de passer sur la rive gauche.
Partie du pont franchissant le
boulevard Au Co entre la gare de Long Bien et le Fleuve Rouge.
Avec une longueur totale de 1682 m, une hauteur de 13,5 m et une profondeur de 30 m, le pont Long Biên fut le premier pont
en acier à enjamber le Fleuve Rouge. Ce pont est caractérisé par ses 19 travées basées sur des poutres en porte-à-faux et par les deux passages piétons de chaque côté de la voie ferrée
centrale.
Il a été construit comme de très nombreuses structures métalliques de l’époque dans le style Eiffel en 1898, les travaux se sont achevés le 28 février 1902, le pont a été mis en service en
1903. À cette époque il était seulement accessible aux vélos, aux trains et aux piétons, les
motos, très nombreuses s’étant rajoutées aujourd’hui.
La rapidité de cette construction est exceptionnelle vu l'éloignement géographique de la France, ce fut donc une véritable prouesse logistique. Il était alors l’un des quatre plus longs ponts du monde et
le plus marquant en Extrême-Orient, un grand symbole de la révolution industrielle imposée en Asie.
Un certain manque d'entretien et surtout les intenses bombardements qu'il a subis de la part des États-Unis lors de la guerre du Viêt Nam, s'ils n'ont jamais pu le détruire définitivement, mais ont considérablement
endommagé sa structure.
C’est dire si l’ouvrage est l’un des plus atypiques et incontournables de la capitale vietnamienne !
Aussi le rendez-vous pictural que nous avons avec lui est-il des plus complexes : traduire son étonnante
silhouette, impressionnant amas de ferraille à la fois complexe et aérien, et la resituer dans le contexte de son environnement bruyant, klaxonnant et pétaradant, puisque le boulevard qu’il
enjambe avant le Fleuve Rouge, est le fidèle reflet de l’incroyable circulation urbaine de cette ville grouillante, vivante au possible, attachante comme nulle autre.La circulation en dessous (et « sur », puisque piétons, vélos et motos y circulent de chaque côté de la
voie ferrée) le pont : une marée motorisée incessante, assourdissante, étourdissante !
C’est donc avec une certaine incrédulité que la plupart d’entre nous s’installe sur le trottoir du boulevard d’Au Co
pinceaux et aquarelles en mains, car à première vue se lancer dans la représentation d’un tel amas de ferraille au milieu d’un bruit assourdissant et de la puanteur des gaz d’échappement, n’est
pas très réjouissant…
Pour ma part, si j’ai amené ici mes amis(es) aquarellistes, c’est pour une approche nouvelle de la réalité,
que je veux ludique, rapide, expressive et créative, car le carnet de voyage tel que je l’entends doit être une fête chargée de symboles et d’accomplissements comme celui de non seulement
dessiner des ponts, mais aussi en créer qui relient les hommes et les femmes, tous les êtres vivants, les objets et les choses qui, parce qu’ils sont différents, font de la diversité du monde la
plus grande des richesses dans le bonheur d’exister .Je dirai que vous êtes formidables, chères et chers amis (es) carnettistes de m’avoir suivi jusqu’ici, et d’avoir essayé avec autant de succès ma méthode
synthétique, informelle et décomplexée, pour réaliser un motif à priori aussi rébarbatif ! Dans un hourvari de poussière, de gaz d’échappement et de bruit, un jour ordinaire sous le pont Paul Doumer de Hanoï… Deux interprétations différentes au hasard du pont Long Biên selon ma « méthode » de travail par des
aquarellistes ne l’ayant jamais essayée auparavant : celles de Marie et d’Elisabeth .
Il m’a fallu beaucoup de temps pour finaliser cette vidéo, et même si elle est réalisée avec les moyens du bord tant aux
prises de vues (extraites de 10 ans de stages et repérages sur place, où je n’avais ni la place ni le temps d’emporter un pied pour stabiliser la caméra, encore moins de soigner mes plans
surtout quand j’étais en charge de mes groupes qui passent avant tout), qu’au montage (où mon ordinateur poussif est au bord de l’asphyxie), je tenais cependant à ne pas en bâcler la charge
symbolique, et j’espère que vous me pardonnerez ses défauts techniques, ses images bougées et le temps où vous avez attendu ce nouvel article .
De la même façon j’ai travaillé de longues heures sur l’arrangement musical, laissant une part significative (générique de fin) à la musique
que m’avait laissé dans le but précisément d’illustrer le désert, mon fils Jean-Sébastien, quelques jours avant sa trop rapide disparition . Aussi c’est à lui que je la dédie en même temps
que je vous l’offre …
Pour voir la vidéo laissez-là se télécharger entièrement avant de lancer la lecture, vous pouvez alors la lire en basse définition et plein
écran si vous le souhaitez .
Mais pour l’avoir en haute définition ouvrez le lien «La musique du désert » (très peu
de perte mais ADSL rapide conseillé : laisser également la vidéo se charger, pour la lire en toute fluidité), ici le plein écran prend toute sa valeur : cliquez sur le bouton « HD » (pour
être en haute définition), puis sur le bouton « Full » du lecteur représenté par 4 petites flèches groupées en bas à droite du lecteur après le curseur de lecture et du volume audio . ("La
musique du désert", vidéo d’Alain MARC)
De retour avec vous pour terminer ce beau voyage dans le Grand Sud Marocain, je vous emmène aujourd’hui jusqu’aux immensités de roches et de sable qui se
dévoilent au voyageur se rendant aux ergs Chebbi et Lihoudi
.
Vous savez combien il m’importe ici de vous offrir des moments que je souhaite de qualité, avec des articles authentiques, (même si leur teneur en est parfois
modeste), des articles qui (en dehors des liens) ne soient pas constitués d’éléments « pêchés » dans d’autres sites ou blogs .
Quoi qu’il en soit, certains d’entre eux me demandent un énorme travail en amont, ils vous font alors attendre un peu leur parution (je suis loin de la cadence
d‘un article par jour !), mais je suis très fier de vous « récompenser » à chaque fois pour votre patience et votre fidélité .
Plutôt que de développer dans ce nouvel article les particularités des Ergs Lihoudi et Chebbi, que d’en illustrer le propos par une peinture sur le motif ou par
la reproduction d’aquarelles figuratives, j’ai préféré vous transmettre quelques réflexions inspirées par le désert de sable à propos de la peinture et du carnet de voyage en général, j’ai
surtout souhaité vous mettre au contact de cette beauté à l’état pur qu’est le désert tel que je l’aime …
En repérages en 2006 avec Pierre et Yolande au sud de M’Hamid . Là, nous sommes ensablés et plutôt en mauvaise posture : si un sympathique
berbère ne nous avait tiré de ce mauvais pas nous y serions encore ! … Comme quoi la peine que je me donne, (parfois des années à l’avance), pour aller préparer sur place et de façon
novatrice mes stages « carnets de voyages » n’est pas toujours récompensée sur le moment . (Photo Alain MARC)
J’avais intitulé cet article « Notre conscience du réel est-elle transformée par l’art ? … ou la musique du désert ? », mais
c’est le sujet du bac philo qui me fait inverser cette phrase, en guise de clin d’œil à tous les enseignants de France et de Navarre .
Nous avions pris, lors de l'avant dernier article de cette série, une journée de repos à Zagora pour nous ressourcer et peindre, l’occasion pour nous de
voir comment exécuter très rapidement et de façon assez libre une petite pochade à l’aquarelle apte à mémoriser un lieu,
une rencontre, un moment de notre voyage .
Dunes à perte de vue dans l’erg Lihoudi … (Photo Alain MARC)
Tout au long de ce périple, notre attention picturale s’est portée sur la réalité du monde telle que nous la percevions, en nous posant sans
cesse la question de savoir comment nous devions le traduire par l’aquarelle :
- soit avec une grande fidélité descriptive (afin que ceux qui voient notre description aillent au plus près de ce que la majorité d’entre-nous perçoit, je
repense au portrait d’Ahmed) - car le voyage (découverte qui nous sort du quotidien) peut déjà en soi être considéré
comme un objet créatif qui « nous ouvre le regard » et que la transcription de cette réalité dans sa compréhension nécessite une fidélité au sujet formel afin de ne pas le trahir et
en rapporter la vision la plus « objective » possible permettant de l’identifier ou de l’imaginer facilement en conservant dans son authenticité cette « ouverture du
regard » - ,
Kaïmas du bivouac du Fort Bou Jérif automne 2006, travail descriptif . (Aquarelle Alain MARC)
Kaïmas du campement dans l’erg Lihoudi, stage Grand sud printemps 2005, (la tente caïdale blanche était notre atelier en
cas de tempête de sable) . (Photo Alain MARC)
- soit avec notre liberté d’expression et notre sensibilité créative (plus conforme à notre affect, à notre perception intuitive, à notre
puissance imaginative ou à nos référents culturels et artistiques), traduisant du sujet l’interprétation que nous en avons individuellement ou la lecture que nous en percevons (par exemple
avec mes différentes interprétations d’Aït-Ben-Addou).
Mon attitude face à ce dilemme a toujours été soit d’en effectuer les deux
approches (si l’une ne devait pas nuire à l’autre), soit de privilégier l’approche informelle et intuitive lorsqu’il
est possible de la compléter par des éléments descriptifs, soit d’utiliser une expression de synthèse qui sans trop
s’éloigner du formel s’affranchit de détails ou de lourdeurs inutiles afin d’être plus proche de l’atmosphère d’un lieu, du caractère d’un personnage, de l’esprit d’une scène, de l’importance
d’un moment éphémère .
Aquarelles généralement synthétisées, réalisées par les participants (tes) au stage Grand Sud Maroc 2007 . (Photo Alain
MARC)
On y parvient mieux dans ce dernier cas en se mettant à « l’écoute du vivant » par une attention, (déjà Ptit’Jo avait compris l’importance de cette démarche lors de sa découverte du désert au cours de son premier voyage dans le Grand
Sud), un éveil de tous les instants, et une compréhension de la lumière, des formes et des couleurs où notre éducation du regard et notre réceptivité jouent un grand rôle, mais aussi par la
liberté qu’on va bien vouloir s’accorder dans l’expression, dès l’instant où nous dépassons les contraintes techniques, environnementales ou conjoncturelles (celles de la rapidité d’exécution
faisant partie des difficultés à maîtriser pour une plus grande force d’expression) .
S’il n’est pas très écolo, le 4 x 4 possède au moins un immense avantage pour l’aquarelliste : il permet de peindre
en servant d’abri en cas de vent de sable ! (Photo Alain MARC)
« Sable soulevé par le vent devant une dune » , aquarelle de synthèse . (Aquarelle Alain MARC)
Avec ce nouvel article, nous entrons aujourd’hui dans une dimension complémentaire aux précédentes, de l’expression carnettiste :
l’expression informelle, qui allant à l’essence des choses par notre intériorité, n’exclut en rien la puissance évocatrice du réel sur lequel elle repose, et lui reste fidèle dans l’esprit,
sublimant même sa dimension émotionnelle .
Nous rejoignons en cela le sujet de philosophie du bac 2008 « L'art transforme-t-il notre conscience du réel ? », j’ai même été étonné de voir ce
sujet apparaître au moment où cet article était presque terminé alors que la vidéo ci-dessus était en cours de finalisation !
Il faut dire que le sujet est aussi passionnant qu’on soit esthète ou artiste, simple « consommateur » d’art ou créateur soi-même, quand ce n’est pas
les deux à la fois !
« Dans les vagues de sable » . Aquarelle informelle .(Aquarelle Alain MARC)
« Les œuvres d’art, qu’elles soient figuratives ou abstraites, sont des créations qui se superposent aux êtres et aux
choses, sans avoir la même réalité que celle qu’on attribue au monde » : certes oui si on n’en considère que l’objet, mais leur pouvoir de véhiculer une certaine dimension de cette réalité
permet d’en prendre conscience de façon différente et complémentaire, en même temps qu’elles donnent au monde une existence inaccoutumée, une qualité supérieure, le métamorphosant même
parfois à l’état de merveille, le rendant quoi qu’il en soit plus intelligible .
Dans les grandes dunes de Chigaga … (Photo Alain MARC)
En nous montrant que l’art nous fait prendre conscience d’une réalité supérieure à celle que nous avons l’habitude de ne plus regarder,
l’évidence dans laquelle est engagé tout individu en démarche créative (aussi bien que tout voyageur - dans « démarche » il y a « marche » -), l’amène à constater (allez
voir ce qu’en pensait Nietzsche) que c’est par l’art qu’on prend « conscience que la réalité est elle-même une œuvre
à laquelle chacun doit participer » … Alors que dire si on est voyageur et artiste en même temps, cela, sous un aspect trivial, « nous crève les yeux » !
Notre carnet et voyage, en devenant « morceau de mémoire », rend plus réelle et intemporelle l’éphémère durée du voyage en éternisant les êtres et les
choses que nous y avons rencontrés . Il rend même permanents nos souvenirs et notre propre existence à travers sa réalisation alors que nous ne sommes que poussière traversant la vie .
Peu importe sa qualité graphique ou plastique car c’est l’acte lui-même qui compte : c’est de l’acte que naît la beauté et non de la seule contemplation du
monde dès l’instant où le regard s’approprie la beauté du monde pour mieux la partager ou la transcender (il y a beaucoup à dire aussi au sujet de « la beauté » - autre sujet de
philo -, j’y reviendrai un autre jour) .
En croquis sur le motif avec les chameliers de l’erg Chébbi .
Ainsi, comme à travers nombre d’engagements basés sur le partage, on peut faire de sa vie une œuvre d’art .
Bien sur, si une excellente maîtrise s’ajoute à une plénitude d’expression accomplie, l’acte artistique n’en sera que plus porteur des valeurs qu’il diffuse
.
Mais la première des nécessités pour comprendre l’importance de cette prise de conscience est de ne pas croire que l’art est un simple divertissement sans
influence décisive sur notre conscience du monde . De ne pas croire non plus que la suffisance de notre intelligence, de nos acquis et certitudes autant de nos biens matériels peut répondre à
toutes les questions de notre existence .
Être toujours à l’écoute, en éveil, toujours en aptitude d’apprentissage, avec amour pour nos semblables et humilité me parait être l’indispensable consigne de
vie pour qui veut en transmettre des éléments essentiels, à plus forte raison si notre position sociale nous distingue de nos semblables par les recours ou les références qu’elle produit . Le
cas du peintre voyageur n’échappe pas à cet exemple …
Se laisser absorber par la beauté des éléments, y laisser nos traces, n’est-ce pas déjà créer une œuvre éphémère qui
nous englobe et dans laquelle nous sommes acteurs ? (Photo Alain MARC)
Pour qui est sensible aux milieux naturels c’est dans le désert, les forêts sauvages, en haute montagne, en haute mer, dans les profondeurs
de la terre que se trouvent les réponses à ces questions .
Et le désert me direz- vous ?
- C’est en vous parlant de l’art et de notre conscience du réel que je vous ai parlé du désert .
S’il y a des mirages dans le désert, c’est parce que le réel y est différent, que notre conscience de la réalité doit y faire un apprentissage différent de la
beauté .
Deux petits points dans l’océan de sable : aquarellistes lovés au creux d’une dune saisissent de bon matin les premiers
rayons de soleil léchant le désert … (Photo Alain MARC)
Il n’y a rien de plus éphémère et de plus permanant qu’une dune .
Hors, non seulement les dunes se déplacent sous l’effet du vent, mais leur forme, leur couleur, évoluent sans cesse selon les conditions météo, la lumière, et
la position du soleil ou de la lune …
Les dunes, ce sont un peu les nuages de la terre . Parfois dans les tempêtes de sable ils rejoignent même ceux du ciel pour aller jusqu’au cœur de l’Afrique
avec le vent de l’harmattan .
C’est pour cela que je privilégie pour le désert l’expression informelle, trouvant que nulle représentation n’est assez forte pour le traduire et l’évoquer
.
Petit jour sur l’Erg Chebbi : l’incroyable beauté des dunes de Merzouga . (Photo Alain MARC)
Lever de soleil dans les dunes de Chigaga … (Photo Alain MARC)
« Hamada du Drâa », la peinture informelle qui a servi de trame à la vidéo ci-dessus : encres, aquarelle et acrylique . (Technique
mixte sur papier, Alain MARC)
Trouvant que seule sa musicalité est significative des beautés qu’il révèle à qui veut bien se donner la peine d’aller les chercher … Sans doute la musique et
la poésie sont-elles aptes plus que la peinture à restituer l’abstraction du désert à travers les émotions et les sentiments qu’il nous procure .
Alors je préfère, moi qui ne suis pas un homme du désert, qui ne sais rien de l’adaptation à cet univers de rigueur et de beauté au quotidien, laisser la
conclusion de cet article et de notre voyage pictural dans le Grand Sud Marocain à Fati, fille du désert, poète méconnue des grands espaces et des verdoyantes oasis qui nous écrit depuis le
bord des rives du Drâa (confirmant en cela dans son poème de façon très simple par un constat d'amour né de son contact permanent avec le désert, que la réalité est elle-même
une œuvre à laquelle chacun doit participer) :
«J’aime la magie des lumières du grand sud,
J’aime les caresses du souffle chaud, dans le climat aride,
J’aime la tendresse de l'aurore dans le désert,
J’aime la lune, dans ses apparitions les plus claires,
J’aime la majesté du soleil, qui prépare son coucher,
J’aime le rugissement du vent dans les rochers,
J’aime le déferlement des vagues contre les falaises,
J’aime ces regards troublants qui provoquent le malaise,
J’aime ce silence paisible lorsqu'il vient m'enlacer,
J’aime les étoiles aux yeux des enfants qui passaient,
J’aime les chants des oiseaux au petit matin,
J’aime ces fleurs épanouies, qui exhalent leurs parfums,
J’aime ces discussions surréalistes d'après minuit,
J’aime cette présence qui vient hanter mes nuits ! »
Lever de soleil sur l’erg Lihoudi . (Photo Alain MARC)
« Vagues de sable », peinture informelle : encres, aquarelle et acrylique . (Technique mixte sur papier, Alain
MARC)
«TOUENTOU, FILLE DU FEU» sur France 5
Je vous en avais averti un peu tard samedi, mais c’était mieux que jamais ...
Pour celles et ceux qui n’ont pu venir avec nous au carnet du voyage «Yunnan Intime», dont la thématique était consacrée aux minorités ethniques de cette splendide
province chinoise, le documentaire «TOUENTOU, FILLE DU FEU» a été rediffusé
sur France 5 samedi 7 novembre à 21 h 30 .
Pour en savoir plus je vous recommande d’aller sur le site de France 5 voir la présentation par Isabelle Ducrocq de ce film (écrit et réalisé par Patrick Profit, un talentueux réalisateur spécialiste de ce type de documentaire) .
Vous y découvrirez la vie de Touentou, une jeune femme Mosso, appartenant à ce peuple des rives du lac Lugu, aux confins du Yunnan, où la société est régie par les
règles du matriarcat .
Notre petit bus sur la piste (qui sera bientôt une
belle route) nous menant au petit village de Whang, en territoire Mosso .(Photo Alain MARC extraite du film à venir «Yunnan Intime, carnet de voyage»)
Les Mossos sont environ 30 000 et vivent encore de l'agriculture et de la pêche, mais l'ouverture de leur territoire au tourisme leur offre de nouvelles
perspectives où chacun lorsqu'il a la chance de se trouver sur ces routes providentielles peu apporter son talent, ses bras et sa contribution, les revenus étant redistribués au sein de la
famille et de la communauté . Cette rencontre avec Touentou, mère de deux enfants, illustre bien une telle existence (comme nous l’avons en partie découverte avec notre petite guide locale Wang)
partagée entre les travaux à la ferme une partie de l'année et comme femme de chambre dans un hôtel sur les bords du lac Lugu (Wang bénéficie d’un sort un peu plus appréciable, en percevant ses
honoraires et pourboires de «guide») .
La particularité du peuple Mosso vient de leur organisation sociale, qui est fondée sur le matriarcat . Ce sont les femmes qui sont au centre de la société et de la
cellule familiale, et si le mariage n'est pas reconnu, les couples ne sont pas régis sur un rapport de domination .
L’une de nos pirogues dans la traversée du lac
Lugu vers l’île sacrée du temple Liwubi . .(Photo Alain MARC extraite du film à venir «Yunnan Intime, carnet de voyage»)
Nous étions donc sur place il y a à peine plus de 15 jours et ce fut l’un des temps forts de ce stage, Wang nous ayant invitée à
partager le déjeuner Mosso traditionnel chez sa grand-mère . Dans leur ancienne maison de bois, sur les grandioses rives du lac Lugu, auprès du foyer central, elles eurent même la patience et la
gentillesse de pauser pour nous . Quant à Wang, je peux vous assurer que c’est une femmejeune, mais une … femme de caractère !!!
Auprès de l’âtre autour duquel nous avons mangé,
dans la pénombre de la maison familiale, Wang et sa grand-mère posent pour nous dans leur habituel et superbe habit traditionnel . (Photo Alain MARC extraite du film à venir «Yunnan Intime,
carnet de voyage»)
Je reviendrai dans l’hiver sur les travaux
réalisés cette journée-là, en particulier sur mon propre travail avec une nouvelle rubrique de ce blog, mais pour l’instant je vous laisse découvrir cette image extraite du futur film de notre
stage carnet de voyage, c’est Wang et sa grand-mère en cours de réalisation (voir photo ci-dessus, merci Antoine pour la vidéo de cette séquence, et merci FU pour avoir favorisé cette belle
rencontre) .
Il n’empêche, nous ramenons de la rencontre avec les Mosso, de l’accueil chez la grand-mère de Wang, de la traversée en pirogue, de l’île du temple Liwubi, des
balades au bord du lac, de la fascinante danse nocturne « du feu », enfin de ce petit bout de Chine, l’impression étrange et indéfinissable d’avoir vécu quelques jours dans un vrai coin de
paradis …
Je vous reparlerai plus tard de ces quelques semaines de stage et des magnifiques carnets de voyages qui en sont nés . Pour aujourd’hui, je vous laisse découvrir
Touentou et sa vie au bord d’un lac aux eaux toujours transparentes et bleues …
Je vous laisse rêver au lac Lugu en vous offrant cette photo réalisée sur ses rives, qui donne une bonne idée du
paysage merveilleux où vivent les Mosso … (Photo Alain MARC)
L’âme sévillane est-elle dans le flamenco version « sévillanas » ?
Encore à Séville .
Les mélodies imprègnent les squares, les places les rues … Jusqu’aux murs blancs, ocres, jaunes, grenats, aux couleurs flamenco
… Nous sommes dans un tourbillon, et tandis que sous le porche de la cathédrale sur fond de Giralda nous relevons des empreintes millénaires,
Pierre croque version flamenca nos silhouettes sous le grand porche, absorbées par l’âme sévillane …
«Autour du maître», Croquis aquarellé Pierre NAVA Carnet d’Andalousie 2009
Quant à moi je peins de mémoire ce mélange coloré de robes à volants accrochées aux murs blancs des magasins de vêtements . J’y
vois les filles aux grands yeux noirs, une rose rouge piquée dans les cheveux, dansant leurs sévillanes … En cliquant sur cette petite photo, vous allez directement sur mon blog en espagnol écouter
une sélection de mes sévillanes flamencas préférées (si vous aimez, vous pouvez les mettre en fond sonore et faire autre chose)… «Parfums de sévillanes», Aquarelle Alain MARC 13,5 x 21 cm, carnet d’Andalousie 2009,
Superbe exposition de Jacqueline GAULLIERà l'Orangerie de la propriété
Caillebotte à Yerres 91330 du 29/04 au 08/05/2011 (partagée avec Aniko sculptrice), si vous êtes dans cette région ou y passez avant dimanche précipitez-vous-y, c’est certainement le but d’une belle promenade pour ce week-end
!
Couleurs, valeurs dans un rapport ombre - lumière intimiste sont les points forts des toiles
de Jackie GAULLIER...
Autant dire qu'elles vous emmèneront dans une atmosphère sobre et intime où vous vous sentirez en connivence avec les lieux et les
personnages qu’elle révèle comme si vous les connaissiez depuis toujours .
Cela est sans doute dû à la force, l’onctuosité et la profondeur de la matière «huile», mais aussi à la présence de l’âme de ses sujets, de la
personnalité de son expression.
Une constance certainement : la nuit qui fond toute chose et tout être
dans une sorte d’immense creuset où l'on se glisse non pour se diluer et disparaître mais au contraire pour se retrouver, se lover, se rassurer et renaître comme à l’intérieur d’un cocon .
Une nuit colorée et lisse qui nous délecte d’aurores boréales sereines et douces prêtes à nous régénérer ...
Accompagnez-moi aujourd’hui entre terre et mer, là où la pointe Bretagne offre de multiples facettes à la fois rurales et océanes, moderne et fière
de ses traditions, dans cette région de l’ouest France qui attire chaque année son lot de touristes, de l’hexagone et d’ailleurs.
Pour les français, c’est une destination privilégiée, à la fois proche et abordable, familière et dépaysante par certains côtés, une balade touristique
rafraîchissante et tonique qu‘il ne faut surtout pas rater.
Il suffit de s’organiser un peu à l’avance, entre location de voiture et réservation d’unhôtel pas cher, d’une chambre d’hôtes ou encore d’un gîte rural et partir faire
un circuit - découverte du littoral Breton.
Contre-jour sur l’Anse de Pors Hir sur la Côte des Ajoncs, lorsque le paysage se fait régal
pour les yeux…
Circuit sur le Littoral Breton
La baie du Mont Saint Michel est un site incontournable pendant un séjour en Bretagne. Diverses formules sont proposées entre randonnées pédestres sur le célèbre
sentier GR® 223 le long des grèves, des plages de la Manche, jusqu’à la baie du Mont-Saint-Michel, ou visites culturelles guidées et commentées du site de pèlerinage.
Labellisé Grand Site de France, la Pointe du Raz est sans aucun doute l’une des attractions les plus connues de toute la péninsule Bretonne et compte à elle seule
plus d’un million de visiteurs par an. Elle marque - dit-on - l’extrémité occidentale de la France.
Par la route ou les sentiers côtiers, la Route des phares de Bretagne couvre une vingtaine de phares aux noms mythiques de Brest à Brignogan et Ouessant. Un moyen
de profiter de l’air marin tout en admirant de superbes paysages et en visitant les légendaires "gardiens de la côte".
Randonnées en vélo, à pied ou à cheval, plaisance, croisière … La côte de Granit Rose offre des formules pour tous les goûts. On peut y découvrir non seulement des
cumulus de granit rose sculptés par les vents marins, mais aussi des plages préservées et de superbes petites criques ou encore visiter la réserve naturelle de l'Archipel des Sept Îles.
L’un des moulins à marée de Ploumanach sur la Côte de Granit Rose.
La Bretagne Thalasso Souvent choisie pour une rapide escapade bien-être, la Côte d’Émeraude regorge de stations balnéaires comme Roscoff et Saint-Malo, où profiter des ressources
naturelles bienfaisantes du littoral Breton, son air iodé vivifiant et ses boues marines. Reste aux vacanciers en quête de séjours thalasso à choisir la formule qui leur convient le mieux, entre des hôtels Spa ou des établissements
Relais et Châteaux avec centre de thalasso privé. Dans un cas comme dans l’autre, le résultat est assuré : un séjour balnéo en Bretagne assure une coupure totale du quotidien, entre promenades vivifiantes sur les
plages, modelages corporels et bains à hydro massage.
Impressions d’après-midi sur le port de Paimpol : travail rapide aux crayons et sticks aquarellables .
Escapades gourmandes en Bretagne
La Bretagne est un paradis gastronomique où l’on trouve à la fois de succulents produits du terroir comme le célèbre Artichaut de Bretagne et des produits de la
mer, du homard breton aux coquilles Saint Jacques en passant par les huîtres de Belo.
Les gourmands pourront ainsi s’offrir un séjour en fermes auberges, un excellent moyen pour découvrir le côté rural de la gastronomie bretonne, mais aussi visiter
ses marchés.
A l’heure des repas, là encore, il est possible de choisir entre grandes tables ou crêperie/brasserie à la bonne franquette ! Rien de tel après une balade en bord
de mer qu’une bonne galette de blé noir arrosée d’une bolée de cidre, ou une part de kouign amann et un verre de chouchen !
A ramener absolument en souvenir du séjour : des galettes au beurre de Pont Aven, ou encore des caramels au sel de Guérande.
L’extraordinaire beauté de la vallée des roses ne peut laisser indifférent le voyageur se rendant de Ouarzazate à Tinerhir, lorsque passant par
El Kelaâ des M’Gouna, la vallée du Dadès s’ouvre à lui dans un enchanteur panorama . (Photo Alain MARC)
Il va alors s’arrêter pour au moins une ou deux photos, et je l’invite à laisser sa voiture devant une boutique et à descendre au bord de l’oued .
Bien que très pressés par la nuit qui va bientôt tomber nous nous y arrêtons le temps d’une brève aquarelle pour les plus rapides, pour quelques clichés pour les
moins expérimentés .
Ici plus qu’ailleurs, la vie qui grouille au bord de la rivière invite au voyage dans sa projection vers les sources du cours d’eau ou au-delà de ses rives, vers
les kasbah qui en dominent les falaises et les montagnes lointaines qui bouchent l’horizon .Le tout sur fond d’Atlas rose et bleuté comme dans un rêve
orientaliste .
Le temps d’ajuster nos appareils photographiques, Yolande en est déjà à la fin de son premier panorama du site … Elle en réalise
deux, lors de notre petite halte, saisissant au vol pendant ces quelques minutes d’intemporalité, la magnificence des couleurs du soir . (Aquarelle Yolande GERDIL )
Ce qui frappe le visiteur c’est cette harmonie de couleurs et de formes où rien ne dérange, rien ne choque comme si la vie des hommes et leur
architecture restait en parfaite symbiose avec celle de la nature . (Photo Alain MARC)
Tandis que montent de la vallée des bruits de rires d’enfants et de braiements d’ânes, un groupe d’aigrettes passe au dessus de nos têtes et va
se poser sur le bord de l’eau . On devine dans les jardins une intense activité, et le bleu du ciel capturé par le Dadès est remplacé au couchant par de flamboyants roses dorés, qui immergent le
paysage tandis que s’étirent à l’infini des ombres turquoises, marines et campanules . (Photo Alain MARC)
Les roses justement : elles embaument à partir du mois d’avril les oliveraies et les jardins qu’elles séparent en petites haies épaisses et basses,
si pratiques pour en cueillir les fleurs le moment venu . Nous sommes ici au cœur de la production de la rose du Maroc : rose à parfum,fragile et douce, traitée en grande partie sur place, ou séchée pour être exportée et vendue en l’état . Un grand « Moussem de la rose » clôture le
ramassage par une belle fête le deuxième week-end du mois de mai .
Ce qui est traité sur place vous sera proposé sous forme d’eau de rose sur le bord de la route dans l’une des nombreuses boutiques, parfumeries et
distilleries de la région .
Cela me rappelle une anecdote qui nous a bien amusés : lors d’un stage, il y a déjà de nombreuses années, une d’entre-nous avait acheté l’un de ces
précieux flacons de verre contenant le liquide parfumé, et l’avait déposé dans son sac d’aquarelle, au milieu des pinceaux et de la palette, contre son carnet . Nous étions à cette époque-là en
car (un véritable voyage d’aquarellistes « organisés » !) et rentrions tranquillement vers notre hôtel après une journée de peinture bien remplie, quand dans un virage son sac est tombé
et le fragile flacon s’est brisé . Ramassage immédiat des débris, tentatives d’épongeage avec tout ce que nous pouvions trouver, enlèvement catastrophique du carnet de voyage mais trop tard il
était tout imbibé, c’est le cas de dire que nous sentions tous la rose ce soir-là !
Quelques jours passent, le stage se termine et nous sommes sur la route, dans le bus rentrant à Ouarzazate, car le lendemain c’était
« synthèse » (ou débriefing comme vous voulez), et départ le soir avec les avions pour retourner chez nous à regrets . Dans ces cas-là avant la grande synthèse du lendemain, on revit
cent fois le stage, on se passe nos carnets, chacun curieux du résultat final de l’autre et de l’avis des autres sur son propre carnet …
C’est alors que notre amie (l’infortunée transporteuse de flacons parfumés), inquiète de ne pas avoir l’avis de son voisin qui feuillette son carnet
de voyage en hochant la tête sans mot dire et l’air un peu blasé, lui demande avec insistance de se prononcer .
Et l’autre tout de go à rétorquer : « - Un roman à l’eau de rose, voilà ce que c’est
! »
Au fur et à mesure où on avance dans la vallée, le paysage change et s’enrichit sans cesse de nouvelles perspectives colorées . C’est à cette
heure-là qu’il est le plus judicieux de peindre ces panoramas dont on ne peut imaginer combien les verts y sont différents tant sont riches les jardins et les vergers : figuiers, pommiers,
abricotiers, poiriers, figuiers, pêchers, amandiers, cognassiers et même ceps de vignes rajoutent leurs nuances à tous les arbres « sauvages » qui poussent tout le long du Dadès, et qui
s’étagent en frondaisons nuancées créant la plus magique des palettes à ces heures précieuses de la journée . (Photo Alain MARC )
Il est évident qu’il faut alors travailler vite, sans omettre les roses et mauves de la neige des sommets . … (Aquarelle Alain MARC
)
J’ai ajouté aux images de notre voyage en cours, quelques autres images d’archives tournées pendant un moment magique vécu dans le
chef-lieu de l’endroit (El Kelaâ des M’Gouna) il y a déjà une douzaine d’années . Moment intense et merveilleux au milieu d’un groupe de danseurs et de leurs « ahidous », partagé avec
les stagiaires, duquel il me reste 3 ou 4 pages de carnet, mais dont ma mémoire ne se défera jamais : il y a là-bas un part de moi-même qui y est restée ! (Vidéo Alain MARC que vous pouvez revoir
différemment dans un autre clip mis ici en ligne lors d‘un article
précédent)
L’une de ces pages de mon carnet : quatre très belles danseuses sont en train de m’observer tandis que je les dessinais . L’un des musiciens du
groupe, un verre de thé à la main s’était rapproché … (Aquarelle Alain MARC )
L'ahidous :
« Danse accompagnée de chant, l'ahidous n'est pas seulement le divertissement préféré des Amazighs (du Maroc central), c'est surtout leur moyen d'expression le plus complet et le plus
vivant. On le danse à l'occasion des moindres fêtes et même, l'été, après la moisson, presque tous les soirs dans les villages.
Les danseurs se mettent en cercle, en demi-cercle, ou sur deux rangs se faisant face, hommes seuls, femmes seules, ou, hommes et femmes alternés, étroitement serrés, épaule contre épaule, ils
forment bloc. La danse est rythmée au tambourin et par des battements de mains. Les mouvements sont collectifs ; c'est un piétinement, un tremblement qui se propage, entrecoupé d'ondulations
larges, coups de vent sur les blés. Par leur aisance et leur ensemble, ils témoignent d'un sens du rythme remarquable. Toutefois, tous faisant presque toujours le même geste en même temps, c'est
surtout un ensemble de juxtaposition que l'ahidous présente. En ce sens, il est très caractéristique de la mentalité des Amazighs. L'ahwach dansé par les Chleuhs de l'Atlas occidental est déjà
fort différent.
Le sens mystique de la danse ne se dégage pas nettement de l'ahidous, sauf peut-être de certaines formes spéciales comme l'« ahidous n tislit »
dansé chez les Aït Hadiddou au moment où la mariée arrive à la maison de son mari : le chant qui l'accompagne est une véritable incantation ; on l'appelle d'ailleurs « lfal » (le sort).
Dans l'ahidous ordinaire, le chant s'appelle « izli » (plur. izlan). C'est un poème d'une extrême concision, en général deux versets qui se
répondent. Il est lancé par le meneur de la danse sur un air qui varie selon les tribus, puis repris par les danseurs qui longuement le psalmodient, répètent plusieurs fois chaque phrase. L'«
izli » est souvent improvisé et l'ahidous peut être l'occasion de joutes poétiques.
Poésie purement orale, jaillie de la vie même de la tribu, les « izlan » sont familiers à tous. On les chante, on les cite fréquemment, les
meilleurs franchissent les limites du groupe, certains passent en proverbe. Les sujets sont ceux de toute poésie populaire, mais avec une tendance marquée vers la satire. Les hommes et les
événements y tiennent donc une très grande place; dans l'Atlas central, être la risée des gens se dit « être l'izli du monde ».
D'après Maroc central de J. Robichez, éd. Arthaud, 1946
Envoûtement musical à Djanet avec Jade et son ami Kova?
Ce que je vous présente aujourd’hui, pour notre retour à Djanet, est
exceptionnel . Non seulement parce que c’est le fruit du produit conjugué de la rencontre entre l’amitié et l’étonnant pouvoir d’Internet, mais surtout parce que c’est le reflet
de talents immenses qui ne méritent qu’à être révélés !
- Vous souvenez-vous de la"Ballade de
Djanet"et du petit défi que j’avais lancé aux
musiciens, comme cela, sans trop savoir ce qu’il allait en advenir par les mystères d’Internet ?
Eh bien Jade et son ami musicien Kova? (pseudonyme artistique) ont relevé ce défit et réalisé quelque chose de vraiment superbe, que je vais vous laisser découvrir .
Si kova? est un véritable musicien, rigoureux et créatif, capable comme les artistes dignes de ce nom de nous ouvrir des portes sur des univers nouveaux, il faut
dire que Jade quant à elle chante vraiment bien …
Mais avant je crois utile de faire un petit rappel de mon idée de base chantée au départ «à capella» par moi-même : j’avais écrit une petite «chanson» évoquant notre périple dans le désert et avais proposé à qui en aurait le talent d’en faire «autre chose»,
sous-entendu «quelque chose de bien mieux» , c’est-à-dire une création à part entière .
Et cette création, elle commence par la reprise de mes paroles «à capella» toutes nues, qui, espérant au moins un bon prêt-à-porter, se découvrent soudain habillées
de véritable haute couture grâce à l’obstination et à l’inspiration de nos deux musiciens, jugez par vous-mêmes :
Ensuite ce qu’ils en ont fait, recomposé et redéfini par eux-mêmes, mérite une attention toute particulière, d’autant plus que le projet était
difficile à finaliser et ils ont réalisé là une superbe création que je vous laisser écouter :
Djanet rue principale (à droite la palmeraie, à gauche la citadelle) . Aquarelle directe, Alain MARC
2009
Alors si ce petit voyage sonore vous a plu, intéressé ou ému (e), je vous invite à présent àvisiter la page « Myspace » de Kovac?: vous y écouterez une musique
qui ne peut laisser indifférent, révélatrice d’authentiques questionnements artistiques, une musique et une recherche qui méritent d’être connues, n’hésitez pas à la promouvoir autour de vous, et
laissez-leur un petit mot d’encouragement .
Quant à moi, pour remercier Jade et Kova? de leur contribution autant que de leur talent, je redessine à leur intention cette part de
mémoire contenue dans le vent, la poussière et la lumière blanche des rues de Djanet …